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Les grandes puissances bataillent pour la conquête des terres rares

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Comme toutes les ressources vitales, les terres rares font l’objet d’une bataille sans merci. On y retrouve les grandes puissances du moment, au premier rang desquelles : la Chine.

Peu de gens savent aujourd’hui ce que sont les terres rares. Pourtant elles impactent au plus haut point notre vie quotidienne. Un monde sans terres rares serait un monde sans smartphone, ou sans ordinateur. Comme toutes les ressources vitales, les terres rares font l’objet d’une bataille sans merci. On y retrouve les grandes puissances du moment, au premier rang desquelles : la Chine.

Thulium

Thulium

« Le Japon va importer des terres rares en provenance d’Inde ». Si la nouvelle, tombée sur les téléscripteurs en août 2014, a laissé le grand public indifférent, elle n’a pas manqué de retenir l’attention des spécialistes. La guerre pour les terres rares connaissait un nouveau rebondissement. Sous ces airs de récits de science fiction, ce conflit concerne au premier chef notre vie quotidienne. Sans terre rare pas de smartphone, point d’écran d’ordinateur, pas de voiture électrique, de lampe LED, d’éolienne… Composées d’un ensemble de 17 métaux, les terres rares entrent dans la fabrication de la plupart des objets high-tech. C’est ainsi les propriétés de conductivité du thulium et de l’ytterbium (composants des terres rares) qui permettent la navigation tactile sur les tablettes et les smartphones.

Un chalutier, des gardes-côtes et la colère de Pékin

On mesure mieux dès lors l’importance stratégique des terres rares. Et l’on comprend pourquoi à l’instar des sources d’énergie, elles font l’objet d’une bataille sans merci. Une guerre qui a connu son paroxysme au tournant des années 2010. Le 7 septembre 2010, un chalutier chinois lançait ses filets aux abords des iles japonaises de Senkaku. Le fautif est alors poursuivi par les gardes-côtes japonais. Les capitaines en viennent aux mains. L’incident provoque la fureur de Pékin dont on connait la sensibilité dès qu’il s’agit des archipels de la mer de Chine.

En mesure de rétorsion, la Chine suspend pour six mois ses exportations de terres rares en direction du Japon. Pour l’état nippon l’impact est terrible. La Chine produit plus de 90% des terres rares de la planète. Le Japon dépend pour plus de 60% des livraisons de son voisin.

De 11 euros à 500 euros le kilo

Dans la foulée, en 2012, Pékin annonce une réduction de 40% de sa production de terres rares. Le motif officiel est la haute toxicité induite par l’extraction de ces métaux. En effet, il entre dans la composition des terres rares des éléments radioactifs comme le thorium et l’uranium. De plus, le processus de séparation des métaux nécessite l’utilisation de produits fortement toxiques. A tel point que l’Australie, qui en 2011 a ouvert à Mount Weld le plus grand gisement mondial de terres rares (hors Chine), préfère acheminer sa production en Malaisie pour les opérations de traitement.

Dysprosium

Dysprosium

La réduction de la production chinoise va provoquer une envolée des prix. Le dysprosium, un des métaux utilisés dans la high-tech est ainsi passé de 11 euros le kilo à 500 euros à son plus haut cours. Le néodyme, autre composant, a vu son prix s’élever de 5 à 60 euros. La situation est alors jugée si préoccupante qu’à l’instigation de l’Europe, des Etats-Unis et du Japon, l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) porte plainte contre la Chine. Après plusieurs recours en appel, l’Empire du Milieu se trouve aujourd’hui contraint d’augmenter ses quotas.

La France se lance dans le recyclage

Mais l’alerte a servi de leçon. Chaque pays tente de réduire sa dépendance. C’est dans cette optique que le Japon a passé un accord avec la compagnie indienne « Indian Rare Earths ». Celui-ci prévoit l’importation de 2000 à 3000 tonnes de terres rares par an. Le Japon n’est pas le seul à prendre ses précautions. Aux Etats-Unis, la mine de Moutain Pass en Californie, qui avait été fermée en 1998, a été relancée dès 2010. Par ailleurs, les grands acteurs de la filière prospectent en Afrique pour trouver de nouveaux gisements. La demande en terres rares connait en effet une augmentation exponentielle. En 2006, la consommation annuelle mondiale s’élevait 107 500 tonnes. En 2012, elle était de 120 000 tonnes. On estime qu’elle atteindra 240 000 tonnes avant 2020. Au-delà de l’extraction, d’autres pays travaillent sur le recyclage des terres rares à partir des appareils obsolètes. C’est le cas notamment de la France qui ne possède pas de gisement. Une étude est en cours, menée avec le groupe chimique Rhodia. Une bataille vient de s’achever, mais la guerre continue.