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Les marchés iraniens très convoités depuis les accords de Vienne

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Au-delà des enjeux nucléaires, l’accord signé à Vienne le 14 juillet entre l’Iran et six grandes puissances (dont la France) ouvre de nouvelles opportunités commerciales. La république islamique est courtisée de toutes parts par les diplomaties du monde entier.

Il aura fallu six résolutions du conseil de sécurité de l’ONU et des années de négociations entre Téhéran et les grandes puissances de ce monde pour que le début d’une solution pointe le bout de son nez.

Le 14 juillet 2015, un accord historique vient d’être signé entre l’Iran et les six pays du P5+1. Ce groupe de pays (la France, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, auxquels s’adjoint l’Allemagne) était engagé depuis 2006 dans d’âpres négociations pour tenter de dissuader l’Iran de développer ses programmes nucléaires militaires.

En échange d’une levée de l’embargo qui pèse sur l’Iran, Téhéran a concédé une inflexion significative de son programme nucléaire. L’accord prévoit de limiter l’enrichissement d’uranium et la production de plutonium, mais surtout de permettre des inspections renforcées des centrifugeuses et de la production d’uranium enrichi pendant les vingt-cinq prochaines années. C’est l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui sera en charge de ces contrôles.

Mais au-delà de la limitation du risque sécuritaire (dont certains pays comme Israël doutent fortement), la levée de l’embargo entraîne une redistribution des cartes au niveau diplomatique et commercial. Autrefois mis à l’écart, l’Iran est désormais courtisé. Téhéran a réussi à s’imposer comme un pilier géopolitique à la fois d’un point de vue commercial et militaire.

Un accord qui devrait booster l’économie de plusieurs pays

La levée des sanctions ne prendra pas effet immédiatement mais à partir du premier trimestre 2016, et à l’unique condition que l’Iran respecte ses engagements. La fin annoncée de l’embargo sera en premier lieu une bouffée d’oxygène pour l’Iran et son peuple. Tout d’abord parce que le retour des échanges commerciaux va sans doute booster l’économie du pays, mais les Iraniens vont également retrouver l’accès à leurs avoirs qui ont été gelés par les puissances étrangères. Ces avoirs représenteraient environ 150 milliards de dollars.

Mais l’Iran ne sera pas seul à profiter de cette ouverture. Du point de vue des pays du P5+1, il s’agit également de conquérir (ou reconquérir) un marché iranien qui avait été quasiment réduit à néant par l’embargo.

Une compétition mondiale pour un marché de 77 millions d’habitants

Le ministre des Transports iranien a affirmé être en négociation avec Boeing et Airbus. Le marché de l’aviation iranienne ne devrait pas être négligeable. Le pays envisage d’acheter 80 à 90 avions de ligne par an. Cette concurrence est un exemple parmi d’autres de la compétition qui vient de s’ouvrir pour l’acquisition de ces nouveaux marchés iraniens.

Devant les opportunités nouvelles qui s’ouvrent, tous les pays voudraient leur part du gâteau. L’Iran dispose de ressources naturelles et d’un emplacement stratégique, mais aussi d’un marché de 77 millions d’habitants.

L’Iran va faire jouer la concurrence

Tous les pays n’ont pas vécu l’embargo iranien de la même manière. Le retour sera certainement le plus difficile pour les Etats-Unis. Suite à la prise d’otage de l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, les relations diplomatiques entre Washington et l’Iran ont été coupées. Après 34 ans d’absence, la diplomatie américaine devra donc prendre le temps de retisser des liens diplomatiques et commerciaux fiables.

La Chine, elle, a pleinement profité du vide laissé par les puissances occidentales. Entre 2011 et 2015, les parts de marchés chinoises en Iran sont passées de 1 à 11%. Un retard qu’il sera difficile de rattraper pour les pays européens. Mais l’Europe a tout de même des atouts sur le marché iranien. Car même si elles ont beaucoup perdu à la suite de l’embargo, les entreprises européennes ont une grande histoire commerciale avec l’Iran qui devrait faciliter son retour.

Le Royaume-Uni a une longueur d’avance

Après les accords du 14 juillet, le Royaume-Uni a très vite rouvert son ambassade à Téhéran. Il faut dire que la diplomatie anglaise était prête pour l’ouverture iranienne. Les diplomates et hommes d’affaire anglais sont représentés dans toutes les institutions qui sont au centre des négociations commerciales, à commencer par l’ « Iran Heritage Foundation ». L’organisation qui est devenue le centre névralgique des discussions d’affaires compte notamment dans son conseil d’administration un certain Norman Lamont, président de la Chambre du commerce anglo-iranienne.

Norman Lamont est un personnage clé de la diplomatie britannique en Iran. Proche de Institut Ravand pour les études économiques internationales (qui a pour vocation de conseiller les entreprises désireuses de s’implanter en Iran), Lamont serait notamment en train de préparer l’implantation du milliardaire anglais Nadhmi Auchi, une figure des affaires au Moyen-Orient.

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La France part à la reconquête de l’Iran

Avant les sanctions, la France était un partenaire de choix de l’Iran. De quatre milliards d’euros en 2004, les échanges commerciaux entre les deux pays sont redescendus à 500 millions d’euros en 2013. Dans la même période, les parts de marchés de la France en Iran sont passés de 7% à 1%.

Mais la France croit en son retour en Iran. En septembre, une délégation du Medef s’est rendue à Téhéran accompagnée de chefs d’entreprises françaises afin de découvrir les opportunités qui s’ouvriront prochainement dans la république islamique chiite.

Et la France a des atouts sérieux en Iran. Le marché des cosmétiques, par exemple, a un fort potentiel et le « Made in France » a une carte à jouer. Les femmes iraniennes consomment beaucoup de maquillage (plus que les Françaises) et représentent le septième marché mondial en la matière. Outre les géants du secteur comme L’Oréal qui a déjà largement amorcé son retour, des PME hexagonales se lancent également dans l’aventure. C’est le cas par exemple de Graine de Pastel, jeune entreprise du Sud de la France.

Mais c’est surtout dans la bataille pour le marché de l’automobile que les entreprises tentent d’avancer leurs pions face à une concurrence chinoise et coréenne de plus en plus redoutables. Constructeur historique en Iran, PSA affirme avoir le projet de créer une joint-venture avec Iran Khodro, en espérant réitérer l’expérience positive de sa collaboration avec Dongfeng sur le marché chinois. Renault est aussi dans la course. Le constructeur mise principalement sur la production de véhicules à bas prix de sa marque Logan, ou encore la Kwid, une voiture développée par le groupe.en Inde.

Levée des restrictions sur les explorations d’hydrocarbures

Autre enjeu de la levée de l’embargo, et pas des moindres, la question des hydrocarbures. Malgré ses grandes réserves en pétrole et gaz naturel, l’extraction et l’exportation d’hydrocarbures étaient endormies. Les sous-sols iraniens renferment 157 milliards de barils de pétrole brut (soit 9,3% des réserves mondiales) et 33.800 milliards de mètres cubes de gaz, soit environ la quantité de gaz présente dans les sous-sols russes.

Entre 2011 et 2013, les exportations de pétrole étaient passées de 2,5 à 1,1 millions de barils par jour. La levée progressive des interdictions d’exploration et l’implantation à prévoir d’entreprises étrangères devraient booster ce secteur et présenter un nouveau levier pour jouer sur les prix du pétrole. Des négociations sont déjà en cours avec les opérateurs pétroliers Eni, Saipem et Total.

Un Eldorado qui connaît des limites

Mais malgré toute l’émulation que provoque l’ouverture des marchés iraniens, l’implantation des entreprises étrangères ne se fera pas si facilement. Outre le fait que la levée des sanctions soit mise à l’épreuve des efforts iraniens sur le dossier nucléaire, le pays a longtemps été isolé et n’est pas complètement prêt à travailler sérieusement avec les économies développées. Les sanctions américaines n’étant pas encore été levées, l’Iran est toujours déconnecté des marchés, notamment sur la question monétaire et des flux financiers.

D’autres freins, plus culturels devraient représenter des obstacles aux investisseurs étrangers. Le non-respect de la propriété intellectuelle est par exemple flagrant en Iran, ou la plupart des administrations fonctionnent grâce à des logiciels piratés.

L’Iran à la table des négociations sur la crise syrienne

Mais l’accord iranien ne profite pas qu’à l’économie. Il est également un moyen pour l’Iran de faire son grand retour dans la diplomatie internationale. Grande puissance chiite et alliée de la Syrie, elle a pour la première fois été invitée à la table des négociations sur la question syrienne le 30 octobre à Vienne. Les puissances occidentales sont mitigées sur cette confiance accordée à l’Iran pour négocier sur les questions de sécurité au Moyen-Orient. Là où certains comme les Etats-Unis y voient un pivot pour désamorcer la crise syrienne, Israël crie au scandale et craint que le développement économique iranien ne s’accompagne d’un développement militaire.

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