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Un porte-voix pour des millions de petites mains chinoise

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Avec Foxconn, c’est toute la question de la revendication salariale de la première puissance commerciale mondiale quiest aujourd'hui sur le devant de la scène politique et économique

Depuis le début 2013, le géant de l’électronique FOXCONN a annoncé la mise en place d’élections au sein de ses usines chinoises pour établir un système transparent de représentation des travailleurs. « Syndicalisme» et « Chine » n’étant à priori pas ou très peu compatibles, c’est toute la question de la revendication salariale de la première puissance commerciale mondiale qui est aujourd’hui sur le devant de la scène politique et économique.

Tablettes, smartphones, ordinateurs et autres outils technologiques sortent par milliers chaque année des usines du groupe Taiwanais implanté en Chine, Foxconn. Sous-traitant des plus grandes marques (Appel, Nokia, Samsung,…) il est aussi mondialement connu pour ses « mauvaises conduites » : Chez Foxconn, l’ouvrier travaille, mange et dort au sein même de l’usine.

Chez Foxconn l’ouvrier pourrait se sentir comme à la maison. D’ailleurs lorsque son désespoir est trop profond, il ouvre les fenêtres et saute. Plus qu’un lieu de travail, l’usine devient un lieu de vie et de mort.

(Retour sur les premiers suicides de 2009 et la vague de 2013 selon l’ONG chinoise SACOM).

Des usines sous pression…

Les suicides à Foxconn de 2010 avaient fait réagir les observateurs internationaux dont le Fair Labor Association (FLA) qui après avoir audité les usines en question, a reporté des violations des normes du droit du travail de son code de conduite (FLA’s Workplace Code of Conduct).

Face au scandale et à la pression de ses clients, Foxconn a suivi les recommandations du FLA en mettant en place début 2013 un projet de syndicat libre, avec des élections des membres du bureau de représentation par les travailleurs eux même. Ces élections sont vues comme un premier pas vers la démocratisation des unions syndicales dans les usines Chinoises et doivent être encouragées.

La SACOM rapporte cependant que 93 % des ouvriers de Foxconn ne seraient pas au courant de cette élection et que le syndicat formé ne serait qu’un « syndicat symbole » de plus. Les 500 plus riches entreprises de Chine ont en effet des syndicats internes représentants les salariés. Ces syndicats sont financés par l’entreprise et le gouvernement, donc contrôlés à 100 %.

Le cas Foxconn pointe toutes les faiblesses du monde salarial chinois, toutes les failles de la force principale du pays ! Depuis le milieu des années 2000, la législation sur le droit du travail en Chine est beaucoup remise en question en raison de ces faits divers dramatiques et grâce aux rapports des ONG internationales ou de l’IHLO à Hong Kong.

Et des travailleurs sous représentés.

Ce n’est pas un scoop, les conditions de travail des ouvriers en Chine sont déplorables (salaires, horaires,…) et les revendications ne sont pas entendues par le pouvoir en place. Et ce malgré l’existence depuis 1925 du plus important syndicat au monde (important par le nombre de membres), le ACFTU ! Un syndicat unique, financé et dirigé par le parti, pour représenter les centaines de millions d’ouvriers de la République Populaire de Chine.

À côté de ce « syndicalisme étatique » qui ne peut évidemment pas répondre aux attentes des travailleurs, le Gouvernement a instauré une législation en faveur d’une approche individuelle des contestations. Sont alors apparus dans les années 2000 et ce dans toutes les régions de la Chine, des « agents juridiques citoyens professionnels » chargés de régler les conflits du travail au cas par cas. Tous travailleurs pouvant ainsi avoir recours aux services d’un agent citoyen pour plaider sa cause en justice.

Ces agents sont soit des individus à la retraite avec des compétences en droit ou simplement maitrisant suffisamment le dialogue sociale pour en faire une activité rémunérée, des professionnels du droit (avocats, juristes), des organisations officielles diverses : associations régionales, associations pour le droit des femmes, associations de secteurs d’activités ou enfin des lobbies financés par des ONG internationales.

Cette récente activité a rapidement rencontré ses limites en raison du trop grand nombre de plaintes des travailleurs et donc de jugements beaucoup trop longs à s’établir ! La solution individuelle pour régler les conflits du travail dans un pays comme la Chine s’avère donc difficile à poursuivre.

Un changement en marche.

Le parti officiel Chinois, le PPC, est confronté à autre problème que celui de la représentation des travailleurs. Le pays est face à un dilemme que connaissent tous pays communistes engagés dans une économie libérale : assurer une croissance à long terme en étant un marché attractif pour les investisseurs étrangers (faible coût du travail) tout en stimulant la croissance à court terme en favorisant la demande interne (hausse des salaires).

C’est aussi cela qui a fait naître au sein du Gouvernement depuis le début des années 2010 des réflexions sur le monde salarial et donc plus récemment sur les revendications des ouvriers qui menacent la cohésion sociale : la Chine ne pourra pas être une puissance économique stable sans le soutien de sa main d’œuvre. Elle doit prendre en compte les problèmes collectifs au sein des industries afin d’éviter de trop forts conflits (grèves) et un soulèvement de la « masse prolétarienne ».

Sous la pression des organismes internationaux (FLA, IHLO,…) et la menace d’émeutes des ouvriers en province comme à Pékin (voir la carte grèves en Chine), le Gouvernement Chinois réévalue actuellement les relations du travail et tente de redéfinir une stratégie politique sur la question syndicale.

Le PPC autorisera-t-il prochainement la naissance de syndicats indépendants?
L’idée de cette perte de contrôle freine évidement les autorités à avancer sur le sujet mais ils ne pourront quoi qu’il en soit l’éviter.

La fin d’un eldorado ?

La puissance chinoise « subit » les conséquences d’un libéralisme qui donne plus de pouvoir économique à l’individu et donc plus d’envies, plus de besoins, plus de revendications, plus de droits… Les salaires des ouvriers en Chine sont et seront à la hausse, logiquement.

En 2010, les salariés de l’usine Honda en grêve ont obtenu une augmentation de 24 % de leurs salaires. Un faible effort de la part de l’employeur mais un encouragement certain pour le monde ouvrier chinois qui rêve de jours (7 par semaine) meilleurs. Encore quelques années et l’on pourrait imaginer que le nombre d’heures de travail par semaine dans les usines tombe sous la barre des 50h !

Certains investisseurs étrangers ont préféré ne pas être témoins de la transformation sociale en Chine en (re) délocalisant leurs usines sur des terres promises. Là où les coûts du travail sont bas et les revendications ne coulent pas à flot. En Ethiopie par exemple.

L’Afrique, le nouvel atelier du monde ?

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