La Commission européenne reporte le vote sur le glyphosate

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La Commission européenne a reporté le vote sur la prolongation de l’autorisation du glyphosate en Europe.

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En mars 2015, le CIRC – dont dépend l’OMS -, déclarait le glyphosate probablement cancérogène pour l’homme. Exactement un an plus tard, la Commission européenne devait se prononcer sur une prolongation de l’autorisation de ce pesticide pour 15 ans supplémentaire. Alors qu’en novembre 2015, l’EFSA rendait un avis contradictoire laissant entrevoir la prolongation, plusieurs nations européennes s’y sont clairement opposées et le vote prévu le 7 mars a été reporté à une date ultérieure en attendant de nouveaux rapports d’experts. Si, pour certains, le glyphosate est un bienfait pour l’agriculture, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les graves risques de santé liés à son utilisation.

En septembre 2014, le lobbyiste pro-Monsanto Patrick Moore déclare devait les caméras de Canal + à propos du glyphosate : « Vous pouvez en boire un grand verre et ça ne fait aucun mal ». Mais lorsque le journaliste lui propose de le faire devant les caméras, celui-ci refuse et finit par quitter le plateau. Cette séquence, qui avait fait grand bruit à l’époque, était ressortie au moment de la publication des résultats de l’étude du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).

« Probablement cancérogène pour l’homme »

En effet, le CIRC, organe de l’Organisation mondiale de la santé avait donné un grand coup de pied dans la fourmilière en 2015 en déclarant le glyphosate « probablement cancérogène pour l’homme ». Le géant de l’agrochimie Monsanto, plus grand distributeur au monde de glyphosate via son produit-phare, le Round ‘up avait alors été pointé du doigt. Le Groupe américain avait alors immédiatement contesté les résultats de l’étude du CIRC, pourtant réputé comme un organisme particulièrement fiable, allant jusqu’à engager des poursuites judiciaires aux États-Unis.

À la fin de l’année 2015, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) jugeait improbable le risque cancérogène du glyphosate, prenant ainsi à contrepied l’OMS et son agence sur le cancer. Seulement, pour en arriver à cette conclusion, les experts européens se sont basés sur le glyphosate pur. Et en effet, isolée, cette substance chimique ne présente pas de danger pour la santé puisqu’elle ne peut être assimilée par les organismes vivants. Comme l’explique Robert Bellé, professeur en biologie : « l’EFSA a évalué le glyphosate pur et c’est la raison pour laquelle l’agence le trouve sans effets[…] Le problème malgré tout est que le glyphosate pur n’existe ni dans les produits vendus ni dans la nature. »

La France, l’Italie et la Suède prêtes à voter contre

En principe, le rapport de l’EFSA aurait dû permettre de prolonger sans problème l’autorisation d’utilisation du glyphosate en Europe. Seulement, dans plusieurs pays de l’UE, les voix s’élèvent contre de produit chimique déjà soupçonné depuis de nombreuses années de provoquer des cancers, en Argentine notamment. Ainsi, plusieurs pays, dont la France, l’Italie et la Suède, avaient décidé de voter contre la prolongation de l’autorisation du glyphosate, tandis que l’Allemagne devait s’abstenir.

De ce fait, la Commission européenne a décidé… de ne pas décider et lundi 7 mars 2016, la demande de prolongation d’autorisation de ce produit chimique n’a pas été soumise au vote. La commission s’est justifiée sur l’absence de vote en indiquant qu’elle attendait d’avoir plus d’informations sur les éventuels effets néfastes du produit et le comité se réunira de nouveau les 18 et 19 mai pour statuer sur le sujet, ou avant si cela se révèle nécessaire. Dans tous les cas, une décision devra être prise avant fin juin puisque c’est à cette date que l’autorisation en court arrivera à son terme.

« Relancer une procédure d’évaluation »

Cette absence de décision a fait immédiatement bondir ceux qui espéraient que l’autorisation ne soit pas renouvelée. C’est le cas de plusieurs députés européens dont José Bové, Michèle Rivasi, Bart Staes et Philippe Lamberts, qui ont immédiatement réagi via le site euractiv.fr, pour qu’une décision soit prise au plus vite.

glyphosate

Le sujet est particulièrement sensible en Europe alors que les problèmes environnementaux semblent de plus en plus préoccuper les citoyens. De plus, selon une récente étude, plus de ¾ de la population allemande présente, dans son urine, un taux de glyphosate supérieur à la moyenne acceptée dans l’eau potable.

Il est difficile pour le moment de déterminer avec précision de l’effet néfaste du produit, et donc de savoir s’il représente un problème de santé publique majeur, mais l’inquiétude est légitime. Et si, au regard des études du CIRC et de l’EFSA, le doute reste possible, il semblerait sage d’appliquer le principe de précaution et de ne pas autoriser le glyphosate tant que d’autres études indépendantes et impartiales puissent définitivement prouver – ou non – sa nocivité.

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