La lutte contre le gaspillage s’intensifie

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Sous l'impulsion de la toute nouvelle loi contre le gaspillage alimentaire, les mesures anti-gaspillage gagnent du terrain non seulement dans la grande distribution, mais aussi les écoles et la restauration collective.

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Sous l’impulsion de la toute nouvelle loi contre le gaspillage alimentaire, les mesures anti-gaspillage gagnent du terrain non seulement dans la grande distribution, mais aussi les écoles et la restauration collective.

En faisant leur apparition sur le marché en 2012, « Les Gueules cassées » ont provoqué une mini-révolution. Le logo à la pomme édentée, porté par une campagne de promotion efficace, a su très vite rencontrer l’adhésion tant des producteurs que des consommateurs. L’idée de départ était simple, proposer des produits qualifiés auparavant d’invendables, à prix réduit. Depuis, les produits déclassés ont fait leur chemin. Le collectif « Les Gueules cassées » revendique aujourd’hui plus de 12 millions de produits distribués dans 5000 points de vente.

La grande distribution a vite compris son intérêt à s’engager sur ce créneau. Ainsi, le groupe Intermarché, dès 2014, lançait sa campagne « légumes moches » dans le cadre du Pacte national contre le gaspillage alimentaire, avec succès. Depuis, Monoprix a adhéré au collectif avec sa marque « Quoi ma gueule ? », et Leclerc distribue les produits « Gueules cassées ».

Quant au groupe Carrefour, il a mis en place en 2015 un partenariat avec les Gueules cassées en créant la marque « Tous anti-gaspi » avec le logo des Gueules cassées.

Interdiction de détruire les denrées invendues

Aujourd’hui, ces mesures prennent une autre dimension avec la nouvelle loi promulguée le 11 février dernier par le chef de l’État, loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Cette loi prône entre autres l’« utilisation des invendus propres à la consommation humaine, par le don ou la transformation » ou encore la « valorisation destinée à l’alimentation animale », ou l’« utilisation à des fins de compost pour l’agriculture ou la valorisation énergétique, notamment par méthanisation ». Elle interdit désormais aux distributeurs de détruire les denrées invendues, et les incite à en faire don à des associations, où à trouver une nouvelle façon de les écouler.

Cette loi rend obligatoire la signature d’une convention entre le distributeur de denrées alimentaires et les associations caritatives. Elle prévoit aussi des sanctions en cas de destruction de denrées encore consommables par les commerces de détail.

Avec sa nouvelle marque « Tous anti-gaspi », le groupe Carrefour prend un certain nombre de mesures. Tout d’abord elle élargit sa gamme de produits déclassés. Après les fruits et légumes, après le camembert Gégé, de la laiterie Gillot (Orne), distribué dans 228 de ses hypermarchés, le groupe va proposer des céréales pour le petit-déjeuner, dans la région Nord-Est sous ce label. « Pour être vendu dans nos magasins sous cette marque, un produit devra respecter six critères très précis », explique Bertrand Swiderski, directeur RSE (responsabilité sociale et sociétale des entreprises) du groupe Carrefour au Figaro. Il doit respecter la même recette et les mêmes garanties de sécurité alimentaire que son équivalent calibré. Les produits de cette marque sont vendus dans la région de production, avec un rabais d’environ 30 %. Par ailleurs, suivant ainsi le concept des Gueules cassées, Carrefour reverse 1 centime pour chaque produit de la gamme vendu à des associations d’aide alimentaire par l’intermédiaire du fonds de solidarité Microdon. Enfin, ainsi que le préconise la nouvelle loi, le groupe a allongé les dates limite de consommation de plus de 300 produits.

L’achat de produits locaux encouragé

Preuve de son succès, le concept « Gueules cassées » a été exporté dans 25 pays, dont les Etats-Unis où les « Gueules cassées » deviennent « Ugly Mugs » (gueules moches). Le fonds d’investissement américain Global Emerging Markets prévoit investir 6 millions d’euros pour le développer sur l’ensemble du continent américain ainsi qu’au Moyen-Orient. En France, la BNP Paribas va également investir dans le développement des Gueules cassées dans le cadre d’un partenariat.

Mais la nouvelle loi ne concerne pas que la grande distribution. Elle préconise des actions au niveau des écoles pour la lutte contre le gaspillage alimentaire, déjà engagées en juin 2013 avec le pacte anti-gaspi. L’un des autres axes forts de cette nouvelle loi est de favoriser l’approvisionnement en produits locaux par la restauration collective. Une boîte à outils, qui sera effective en juillet 2016, a été conçue par le ministère de l’Agriculture à destination des acheteurs publics de l’État, des établissements publics et des collectivités territoriales. Elle sera à disposition sur le site du ministère de l’Agriculture.

L’Europe appuie aussi cette démarche contre le gaspillage alimentaire. La Commission européenne a ainsi assoupli les règles de calibrage et d’aspect de 26 fruits et légumes. Le Parlement européen a adopté en 2012 une résolution afin de réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025. En effet, selon la FAO, 30 % de la production alimentaire mondiale serait perdue ou gaspillée.

L’avenir dira si cette lutte contre le gaspillage alimentaire obtient les effets escomptés, et si le succès des produits anti-gaspi est dû à un simple effet de mode, porté par d’habiles campagnes promotionnelles, ou s’il s’inscrit dans une évolution durable des mentalités et de la société.

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