De Dietrich : un empire industriel

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Chaudières, pompes à chaleur, électroménager, la société De Dietrich s'est construit une renommée internationale. Comment est née cette société ? Qui dirige la marque De Dietrich ? L'histoire de cette société se confond avec celle d'une famille riche d'un patrimoine impressionnant et de figures historiques. Portrait d'une famille qui permet de retracer les évolutions économiques de la France et de l'Europe du 17e siècle à nos jours.

De Dietrich

Les pères fondateurs

Il faut remonter au 17e siècle pour comprendre l’histoire de cette famille. En effet, en 1684, le premier Jean de Dietrich fait l’acquisition d’une forge dans les Vosges, la forge de Jaegerthal. L’environnement est propice à cette nouvelle activité. Les matières premières affleurent le sol et la montagne de cette région d’Alsace est également connue pour sa forêt. Un siècle plus tard, en 1761, le petit-fils de Jean, baptisé Jean également, est anobli par le roi Louis XV. Cet acte fera de lui le plus grand propriétaire terrien d’Alsace.

Mais pas seulement, puisqu’il continue la construction de forges et hauts-fourneaux, que son aïeul avait initiée un siècle plus tôt. Son fils, Philippe-Frédéric de Dietrich, scientifique renommé, ami de Lavoisier, devient le maire de Strasbourg pendant la Révolution, de 1790 à 1792. Et c’est dans son salon que, dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, le capitaine Rouget de Lisle créa le Chant de l’armée du Rhin, qui deviendra peu après La Marseillaise. Figures politiques, scientifiques et entrepreneurs, la société De Dietrich porte en elle l’histoire de ses pères fondateurs. L’empire commence avec eux.

Château, blason et Napoléon

Anobli, Jean de Dietrich s’est fait construire un château, en 1770, à Reichshoffen, non loin des forges de Niederbronn-les-Bains. Le château est aujourd’hui encore le siège de la direction ainsi que de l’association De Dietrich, en charge des archives et de la préservation du patrimoine familial. C’est à la même époque, en 1778, que la société utilise le symbole du cor de chasse suite à l’ordonnance rendue par le roi Louis XVI afin de protéger les produits De Dietrich des contrefaçons. Ce symbole est resté l’emblème de la société.

Après la Révolution française, l’entreprise a perdu son directeur, mort guillotiné, la firme est donc confiée à des régisseurs. Et comme la très grande majorité des entreprises, les comptes de la société vont très mal. Avec l’arrivée d’un nouveau dirigeant : Jean-Albert Frédéric de Dietrich, des dispositions sont prises pour protéger et mettre en valeur les biens industriels de la société. Comment fait-il ? Il décide de vendre une partie de son patrimoine immobilier et s’ajoute à cela l’aide politique et financière de Napoléon. Jean-Albert Frédéric meurt en 1806, à seulement 33 ans, et c’est sa femme, Amélie née de Berkheim qui reprend les rênes de l’entreprise familiale. Grâce à ses talents de gestionnaire, elle continue le projet entrepris par son mari. Ainsi en 1811 la production de fer est revenue à son niveau d’avant 1789, et l’entreprise emploie plus de 1000 ouvriers.

Du fer au fer à repasser

C’est le siècle de la révolution industrielle et De Dietrich profite des évolutions techniques et économiques que vit l’Europe à cette époque. Installée au croisement de deux pays, entre la France et l’Allemagne, l’entreprise profite de la richesse de cette région industrielle. Elle commence par produire de la fonte pour les manufactures de textile, en pleine expansion dans la région. Puis de la fonte, la société passe à la construction ferroviaire. Mais la compagnie ne s’arrête pas là et continue de diversifier ses activités. Alors que l’Alsace a été annexée par l’Allemagne en 1870, la famille de Dietrich décide de rester dans sa région natale et doit ainsi faire face à une nouvelle concurrence et de nouvelles règles.

L’entreprise doit s’adapter. Sortent ainsi des ateliers et des usines De Dietrich les premiers produits de consommation : poêles, cuisinières, baignoires, fers à repasser. Mais également des tramways et des appareils à distiller. En 1896, la construction de la première voiture est lancée. De jeunes inventeurs et innovateurs collaborent à cette nouvelle aventure : Emile Mathis et Ettore Bugatti. Le premier, fils d’hôtelier strasbourgeois, était en charge de la commercialisation alors que le second était responsable de la conception.

Changement d’époque, changement d’activités

L’entreprise De Dietrich s’est donc fait un nom dans le domaine de la sidérurgie et ses dérivés mais elle reste évidemment tributaire des évolutions de son époque. D’autant que la société est ancrée dans un territoire qui sera tout au long du 20e siècle au cœur de l’histoire de l’Europe. L’Alsace est toujours sous gouvernance allemande, en 1905, lorsque la firme décide d’arrêter la construction automobile.

Les guerres vont également marquer l’histoire de la société. Tout au long du siècle, les usines De Dietrich continuent de construire du matériel ferroviaire, mais aussi des ponts métalliques, des grues, des plaques tournantes etc. Les ateliers alsaciens fabriquent également des appareils de chauffage, avec les premiers poêles en fonte émaillée en 1905, ainsi que des équipements de cuisine. Enfin, la société se spécialise dans les produits pour l’industrie chimique.

C’est cette dernière activité qui restera le cœur de la fabrication des usines De Dietrich. En effet, à partir des années 1990, la société se rapproche d’autres entreprises et réorganise ses activités. C’est tout d’abord Thomson, puis Fagor-Brandt qui prend le contrôle de la chaîne de production de l’électroménager. Puis en 1995, De Dietrich cède à Alstom son pôle de construction de matériel ferroviaire. La partie chauffage a été restructurée, en 2004, à partir du partenariat entre De Dietrich et le groupe Remeha. En 2009, un autre partenaire vient compléter l’union, Baxi. Nait de cette union le groupe BDR Thermea.

En 2013, ce groupement présent dans plus de 50 pays, a vendu plus d’un million de chaudières, 180000m2 de capteurs solaires et plus de 12000 pompes à chaleur. L’usine de Zinswiller, quant à elle, est spécialisée en équipements émaillés pour l’industrie chimique et pharmaceutique.

Enfin, le château de Reichshoffen abrite les archives de la famille de Dietrich. Parmi elles, des plans, des plaques photographiques datant du début du 19e siècle, des portraits, des poêles en fonte et même une automobile d’époque : quatre siècles d’héritage et d’histoire qui sont les vestiges de cet empire industriel.

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