Quand le cinéma français met à l’honneur la ruralité

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À l’image de « Petit Paysan », les films sur la ruralité séduisent les professionnels et du grand public. Retour sur le cinéma présentant la ruralité française.

Le film « Petit paysan » a créé la sensation lors de la dernière cérémonie des Césars. Le long métrage d’Hubert Charuel a reçu trois récompenses majeures avec les prix du meilleur premier film, du meilleur acteur et de la meilleure actrice dans un second rôle. Stéphane Travers, le ministre de l’Agriculture, n’a d’ailleurs pas manqué de souligner la reconnaissance du monde rural par un cinéma français qui le connaît peu. Le septième art a longtemps entretenu un rapport distant avec la ruralité malgré des rapprochements le temps de quelques succès.

L’histoire entre le cinéma français et le monde rural est pourtant ancienne. Dès les années 1930, Marcel Pagnol pose sa caméra dans la campagne provençale pour tourner Jofroi. La Seconde Guerre mondiale et le régime de Vichy, partisan du retour à la terre, refroidissent tout enthousiasme pour la vie champêtre. Depuis, les films centrés sur la France rurale oscillent régulièrement entre comédies potaches et long métrages intimiste et mélancoliques. Toutefois, certaines œuvres présentent avec une vision optimiste et sans condescendance la diversité de la ruralité et rencontrent un large public.

Épicurisme et retour à la terre

« Le bonheur est dans le pré » a réalisé la quatrième audience de l’année 1995 avec près de cinq millions d’entrées. Le film d’Étienne Chatillez raconte l’histoire d’un chef d’entreprise tourmenté par ses affaires et sa famille. Sa ressemblance avec un homme disparu 26 ans auparavant lui offre l’occasion de changer sa vie en prenant sa place. Le film, qui met en scène Michel Serrault, Eddy Mitchell, Sabine Azéma ou encore Éric Cantona, est à la fois une satire de la bourgeoisie provinciale et un éloge de la vie campagnarde du Gers.

En 2001, Michel Serrault, encore lui, prend le rôle d’un paysan grincheux dans « Une hirondelle a fait le printemps » au côté de Mathilde Seigner. Celle-ci devient Sandrine, une ingénieure informatique de la banlieue parisienne qui, ne supportant plus sa vie, s’installe dans le Vercors pour se consacrer à l’agriculture. Le réalisateur Christian Clarion s’est en partie inspiré de l’histoire d’Angélique Doucet, assistante de direction dans le commerce de luminaire, devenue éleveuse de chèvres et productrice de fromage. Le film a réalisé 2,3 millions d’entrées.

Un choc de cultures

Dans « Normandie nue » un photographe américain, Blake Newman, incarné par l’acteur anglais Toby Jones, déshabille un petit village de l’Orne. L’artiste, célèbre pour ses photographies conceptuelles, a pour spécialité la capture des foules dans leur plus simple appareil. De son côté, Georges Balbuzard, le maire joué par François Cluzet est prêt à tout pour sauver sa commune alors même qu’il doit faire face aux réticences des habitants. Dans ce Full Monty à la normande, Philippe Le Guay confronte le snobisme aux drames que peuvent rencontrer les communes rurales.

Pour sa part, « La vache » fait se rencontrer deux ruralités. Fatsah Bouyahmed y incarne Fatah Ballabes, un éleveur algérien dont la vache Jacqueline est sélectionnée pour le Salon de l‘agriculture. Son périple vers Paris l’emmène au cœur des campagnes françaises, soutenu par son beau-frère Hassan (Jamel Debbouze) et par un comte ruiné rencontré en cours de route (Lambert Wilson). Mohamed Hamidi a pris parti de créer « un cadre positif d’une France qu’on aimerait voir plus souvent ». Le film a été accueilli favorablement et a attiré près de 1,3 million de spectateurs.

La magnificence d’un monde rural en déclin

« La vie moderne » de Raymond Depardon plonge le spectateur dans le quotidien des agriculteurs de moyenne montagne. Le documentaire aborde la question de la survie des exploitations où les propriétaires vieillissent et la transmission aux jeunes est difficile. Le réalisateur nous livre une série de portraits bouleversant, supporté par une photographie parfaitement maîtrisée. Raymond Depardon a quitté la ferme familiale à l’âge de 16 ans en 1960 pour de parcourir le monde comme photoreporter. À l’époque, la France comptait sept millions d’exploitations contre 150.000 en 2015.

Le succès des films sur la ruralité n’est pas surprenant si l’on considère un sondage réalisé en 2017 par Odoxa. 87 % des personnes interrogées auraient un avis favorable sur le monde agricole, preuve d’un attachement à des territoires en proies aux bouleversements. Par ailleurs, Le thème est universel et n’est pas l’apanage des réalisateurs français. En effet des films comme « Une histoire vraie » (David Lynch), « The field » (Jim Sheridan) ou « Promised land » (Gus Van Sant) abordent sans détours les difficultés rencontré par les communautés rurales.