L’ASEAN : un loup dans la bergerie

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L’ASEAN est en plein développement, prête à rivaliser avec d’autres puissances économiques, mais ses Etats membres sont-ils prêts à assumer une telle expansion ?

« L’ASEAN deviendra en 2050 la quatrième puissance économique ». Voici un exemple de ce que l’on peut entendre à l’heure actuelle à propos de cette organisation internationale … Mais que signifie l’ASEAN ? Quels en sont les enjeux notamment concernant le petit dernier arrivé, le Cambodge ?

Singapour, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande ont tout d’abord créé l’association de l’Asie du Sud-Est (ASA) en juillet 1961; cette organisation internationale est ensuite devenue l’association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en août 1967. Les membres fondateurs ont été rejoints en 1984 par le Brunei, en 1995 par le Vietnam, en 1997 par la Birmanie et le Laos et par le Cambodge en 1999.

L’ASEAN est désormais donc composée de dix pays et a pour objectif d’accélérer la croissance économique en éliminant les restrictions à la liberté du commerce. Elle vise également à faire avancer le progrès social et le développement culturel dans la région en élaborant des programmes communs de recherche et en permettant de multiples échanges culturels.

L’ASEAN est également considérée comme un bon moyen de promouvoir la paix et la stabilité régionale dans des pays qui ont connus de nombreux tumultes dans le passé, comme cela fut le cas au Cambodge.

« L’Union fait la force »

Dans les premiers temps, l’ASEAN a d’abord permis la création d’un espace de négociations entre ses Etats membres. Ces derniers ayant par ailleurs, tous intégrés l’Organisation mondiale du Commerce, l’ASEAN leur permettait de se faire entendre d’une seule voix, de coordonner leurs positions face à de grandes puissances telles que les Etats-Unis et la Chine.

Dans le cadre de la création d’un espace de paix et de justice, l’ASEAN avait élevé au plus haut rang les principes tels que la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats membres et la résolution des conflits par des moyens pacifiques, notamment lors de la rencontre des chefs des gouvernements au Sommet de Bali en 1976 qui avait abouti à la création de deux textes importants, le « Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud » et la « Déclaration de l’ASEAN Concorde 5 ». Pourtant, l’ASEAN a dû faire face à des évènements perturbateurs, le cas du Vietnam en est une bonne illustration.

En 1978, lorsque le Vietnam intervient au Cambodge et met fin aux crimes du régime Khmer rouge, il occupera le pays pendant toute une décennie. En plus de menacer les objectifs de paix de l’ASEAN, cet agissement a grandement porté atteinte aux traités adoptés.

La réponse de l’ASEAN a été forte. Le Vietnam s’est vu rayé temporairement de la liste des membres de l’Organisation, le temps qu’il retire l’intégralité de ses troupes du Cambodge. La pression internationale, l’opposition conjointe des Etats membres de l’ASEAN ont conduit le Vietnam non seulement à retirer ses troupes mais aussi à renforcer la crédibilité de l’ASEAN au sein de la communauté internationale.

… Mais à quel prix

L’ASEAN est fondée sur trois piliers : la communauté politico- sécuritaire, la communauté socio-culturelle, la communauté économique de l’ASEAN (CEA).

Depuis ces dernières années, la communauté économique de l’ASEAN est de plus en plus dynamique et de nombreux accords ont vu le jour notamment avec l’ASEAN + 3 (ASEAN, Japon, Chine et Corée du Sud) et l’ASEAN + 6 (Asean+ 3, Australie, Nouvelle Zélande et Inde).

Il est prévu que d’ici fin 2015 une zone de libre-échange se caractérisant par la liberté de circulation des personnes, des investissements et des capitaux ainsi que des biens et services, voit le jour entre ses Etats membres. L’objectif est de créer un marché unique attractif prêt à rivaliser avec d’autres puissances économiques. Mais qu’induirait une telle liberté de circulation ? Les Etats demeureraient-ils souverains ou un véritable Etat fédéral est en cours de formation ?

Ce sont des questions éminemment importantes, en particulier pour les Etats membres ayant subi de nombreuses annexions (protectorats, occupations) comme c’est le cas du Cambodge. Cette liberté de circulation peut être la porte ouverte à de nouvelles annexions mais cette fois-ci de manière pacifique, en toute impunité. Par exemple, des Vietnamiens pourront légalement s’implanter au Cambodge, y construire leurs entreprises et y puiser toutes les ressources. Certains craignent également que L’ASEAN « avale » ses pays en voie de développement sous couvert de sa propre expansion économique. Les pays les plus avancés de l’ASEAN y voyant une belle opportunité de développer leur propre économie au sein des Etats les plus fragiles.

D’autre part, de nombreuses différences culturelles et historiques séparent les Etats membres de l’ASEAN. Les Vietnamiens et les Cambodgiens sauront-ils vivre en harmonie sur le même territoire sans que le premier impose sa domination sur le second ?

Par ailleurs, le respect des droits de l’homme risque lui aussi d’être menacé. Alors que pour certains le concept de démocratie est acquis, d’autres Etats de l’ASEAN sont encore en plein processus transitionnel. Le développement de la communauté économique de l’ASEAN ne va-t-il pas prévaloir sur le respect des droits de l’homme dans ses Etats membres ? Ne seront-ils pas relayés au second plan par certains gouvernements sous couvert de leur adhésion à l’ASEAN ? Il reste donc à savoir si ces Etats sont véritablement prêts à assumer un tel développement économique.

Si les objectifs de l’ASEAN sont louables, leur réalisation risque de faire des ravages difficilement réparables. A suivre de très près…

 

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