Livraison par drone : la loi met un frein à son utilisation massive

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Alors que les principaux acteurs font preuve d’ingéniosité pour affuter leur offre, leurs ambitions pourraient être limitées pour des raisons légales.

Le drone est l’avenir de la livraison à domicile. C’est du moins le pari qu’ont fait les transporteurs de colis, d’UPS à Amazon en passant par la Poste en France. Chacun s’attèle à développer des solutions pour répondre aux contraintes techniques inhérentes à la livraison par drone et être les premiers sur le marché. Toutefois, les principales difficultés pourraient venir de législations contraignantes susceptibles d’être mises en place dans certains pays. De telles mesures pourraient « tuer dans l’œuf » les projets déjà existants ou les retarder de plusieurs années.

En décembre 2016, Amazon a acheminé en une demi heure un colis par drone dans la région de Cambridge au Royaume-Uni. Puis en mars dernier, aux États-Unis, son modèle Air Prime a permis de livrer un petit paquet dans un temps records, 13 minutes entre la passation de commande et la livraison. Des essais prometteurs pour le géant américain, qui n’entend pas se limiter à ces deux marchés : Amazon a en effet annoncé vouloir investir en France dans un centre de recherche de livraison de colis par drones.

Une ligne commerciale régulière pour La Poste

La Poste française espère également en tirer des bénéfices et travaille depuis deux ans sur son propre système via sa filiale DPDgroup et de l’entreprise varoise Atechsys. La Poste a ainsi réalisé une première mondiale en ouvrant une liaison commerciale régulière de colis livré par drones. Cette ligne de 15 kilomètres relie Saint-Maximin-La-Sainte-Baume dans le Var à une pépinière d’une douzaine de start-up. DPDgroup pourra livrer des colis une fois par semaine sur un couloir aérien précis et selon des critères prédéfinis.

La Poste opte pour une stratégie sensiblement différente de celle d’Amazon. Alors que le groupe de e-commerce américain travaille sur des livraisons directement chez le client, le français a fait un effort important sur le développement de terminaux de relais dans lesquels le client peut venir chercher son colis. Une telle méthode est à même de rassurer les autorités compétentes. La ligne varoise a été mise en place après étroit travail avec la direction générale de l’aviation civile (DGAC) qui gère le transport aérien dans l’Hexagone.

Survol des villes interdites en France

La Poste n’entend pas remplacer ses facteurs, mais compte utiliser les drones dans des cas bien particuliers. Pour Jean-Luc Defrance, vice-président de GeoPost, « l’objectif à terme est de pouvoir desservir des zones très difficiles d’accès, comme une île, un bateau ou une zone de montagne ». La Poste a par exemple pour projet d’approvisionner l’île d’Yeu afin de limiter les livraisons par hélicoptère. L’utilisation massive de drones n’est toutefois pas d’actualité, la législation française demeurant très restrictive et ne permettant pas le survol de zones urbaines.

En France, les drones sont en effet soumis à plusieurs régimes juridiques différents. On retiendra un arrêté de décembre 2015 sur l’utilisation des drones civils. La législation est si restrictive que certains professionnels excluent la logistique des secteurs porteurs. Le cabinet Oliver Wyman, qui a réalisé une étude sur le marché des drones professionnels à l’horizon 2025, mise sur des utilisations militaires, de sûreté, de surveillance ou agricole. Interdire les drones de livraisons en zones urbaines priverait les opérateurs d’un volume important nécessaire à la rentabilité du système.

Une législation européenne à venir

L’Union européenne planche sur une régulation de l’utilisation des drones qui devrait entrer en vigueur en 2019. À terme, les drones seront soumis au même régime que celui des avions. Les opérateurs devront soumettre un vol à acceptation, demander une autorisation de vol et pouvoir fournir une traçabilité. La législation américaine, modifiée en août 2016, est quant à elle longtemps restée floue. Certains opérateurs ont ainsi préféré développer leurs projets en Australie ou en Nouvelle-Zélande, leurs grands espaces étant moins restrictifs que les métropoles américaines pour l’utilisation des drones.

Au regard des législations existantes et celles à venir, l’utilisation massive de drones pour la livraison de colis relève du fantasme. La question pose trop de problèmes de sécurité pour que les différentes autorités optent pour une libéralisation totale. Le marché offre certaines perspectives dans la livraison de zones isolées et difficiles d’accès, ce qui devrait difficilement contenter un géant comme Amazon. Pour certains fabricants, il faudra attendre 2040 pour une application plus généralisée. La livraison de Pizza par drone n’est pas pour toute suite.

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