Patrick Rosenbaum parle des satellites : d’une conception militaire à un usage scientifique et commercial

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Depuis le premier lancement de Spoutnik I le 4 Octobre 1957 jusqu’à la colonisation de l’espace orbital autour de la Terre, les domaines d’application des satellites ont grandement évolués.

satellite scientifique

Depuis le premier lancement de Spoutnik I le 4 Octobre 1957 jusqu’à la colonisation de l’espace orbital autour de la Terre, les domaines d’application des satellites ont grandement évolués. Pensés à la base comme instruments d’observation militaire, ce sont aujourd’hui des composants essentiels pour bon nombre de projets et infrastructures civils, agissant comme piliers technologiques de très grosses industries à l’image de Galileo. Historique et perspectives de l’évolution des usages satellitaires avec commentaires de Patrick Rosenbaum, expert aéronautique, universitaire et ancien directeur général adjoint d’ImageSat International, société spécialisée dans la prise et la commercialisation d’images haute résolution par satellite et aujourd’hui directeur général de Pierson Capital.

Du militaire vers le civil, les premiers projets commerciaux prennent forme

Les premières utilisations de satellites seront liées à des activités d’observation militaire à l’initiative du  gouvernement américain via la série Corona dont le premier lancement eut lieu en juin 1959. L’objectif était alors d’observer les installations militaires russes. Peu après, en avril 1960 TIROS-1 est lancé par la NASA en tant que premier satellite météorologique opérationnel. 1960 marque également l’année du lancement d’Echo, le premier satellite de télécommunications :

“A l’instar de bon nombre de technologies à l’origine militaires, comme le nucléaire ou l’utilisation  des ondes électromagnétiques, les satellites avaient vocation à permettre de grandes avancées pour le confort de la population une fois tombés dans le civil. Une des réussites les plus flagrantes fut l’avènement des satellites dans le secteur des télécommunications” commente Patrick Rosenbaum.

Les télécommunications représentent en effet l’essentiel des lancements de satellites sur les dernières années. La première utilisation à vocation commerciale prend la forme du lancement d’EarlyBird en 1965 sous la tutelle d’Intelsat, un consortium constitué  a l’origine de 18 nations ayant pour objectif de fournir des télécommunications par satellite au niveau international et sur une base non-discriminatoire. Dans les années 1970, des opérateurs nationaux et privés sont créés pour mettre en place des réseaux de satellites privés dédiés à la transmission de la téléphonie ou de la télévision. Ce ne sera qu’au début des années 1990 que le grand public commencera à profiter pleinement des avantages des satellites de télécommunications avec l’avènement de la ‘’télévision directe’’ qui prend un essor formidable grâce à l’utilisation par les consommateurs de petites antennes paraboliques très bon marché pour capter une multitude de chaines de télévision. La voie s’ouvre alors à une diversification des us et de l’offre satellitaire, qui aujourd’hui encore continue à croître dans bon nombre de pays.

Des applications variées mettant en exergue la capacité à diversifier les usages

Les télécommunications ne sont pas le seul domaine dans lequel l’utilisation des satellites a permis de grandes avancées. Les images prisent par des satellites comme ceux de la constellation Eros permettent de multiples applications, allant bien au-delà de la simple observation militaire. “Aujourd’hui, les images prises par satellites contribuent à de nombreux projets” souligne Patrick Rosenbaum.

“En effet, elles peuvent être utilisées  pour la cartographie et la planification de construction en milieu urbain mais également pour déterminer le tracé de nouveaux projets de routes, voies ferrées ou oléoducs en utilisant les prises de vues stéréoscopiques qui fournissent une représentation topographique très précise. De plus, par comparaison entre des images prises à différentes époques, on peut suivre par exemple l’évolution de la désertification, déforestation, réduction des calottes glaciaires ou analyser les effets de l’urbanisation. C’est ainsi que bon nombre de compagnies d’assurance utilisent aujourd’hui les images satellites pour déterminer les dégâts de telle ou telle catastrophe naturelle, qu’il s’agisse d’inondations, de cyclones, de dysfonctionnement de centrales nucléaires ou de  tsunamis. A noter que les municipalités utilisent de plus en plus ces images satellites afin d’anticiper la réaction a de possibles catastrophes naturelles en élaborant une coordination  des efforts de sauvetage de la population, définissant les axes suivant lesquelles les secours seraient acheminés et les populations évacuées”.

Spoutnik IUn autre aspect proéminent est l’exploration scientifique : les satellites ouvrent de nombreuses possibilités. Spoutnik I était d’ailleurs, en plus d’une preuve de savoir-faire technologique vouée à lancer un message fort sur le plan géopolitique à l’époque, un satellite scientifique ayant étudié les couches atmosphériques supérieures. Plusieurs satellites scientifiques seront mis en place afin d’étudier le niveau des océans ainsi que la tectonique des plaques ou encore le réchauffement climatique. Les satellites évoluant dans l’espace, ce sera le terrain de jeu idéal pour tester certaines théories physiques ayant pour composante la gravité. Les satellites d’astronomie quant à eux sont des télescopes présentant l’avantage de ne pas être gênés par le filtre de l’atmosphère et permettant l’analyse de systèmes stellaires distants.

Enfin, dans la vie de tous les jours, les satellites de localisation et de navigation sont toujours plus présents (notamment via le système GPS).

Les applications futures et les challenges à venir

Patrick Rosenbaum attire l’attention sur la problématique des nouveaux modèles de satellites qui devront répondre à certaines exigences :

“La conception voire même seulement la production d’un satellite de communication géostationnaire et sa mise en orbite coûte quelques centaines de millions d’euros, il est donc primordial, pour assurer un retour sur investissement élevé, de maximiser la durée de vie de ces derniers et d’augmenter, a poids constant, leurs capacités pour supporter la demande croissante.  Dans le domaine des satellites sur orbite basse, utilisés essentiellement pour l’imagerie, il est frappant de voir que la miniaturisation des satellites fut semblable à ce que nous constatons dans le domaine des ordinateurs, tablettes ou smart phones, et ce grâce aux immenses progrès technologiques de ces cinquante dernières années. En effet, si Eros est un mini-satellite de 250 kgs, ses performances en imagerie sont bien supérieures aux satellites de plusieurs tonnes tels KH11, LANDSAT ou SPOT, lancés vingt années plus tôt. Les microsatellites, pesant a peine quelques dizaines de kgs, sont déjà sur les planches à dessin…. Ils permettront des performances supérieures a celles des satellites Eros, entrainant une  diminution des coûts qui sera un tremplin majeur pour leur utilisation dans de nouveaux domaines.”

Landsat_7_ETM_instrument

Programme Landsat

Un autre challenge de plus en plus pris au sérieux est celui de la pollution de l’espace orbital. En effet, il n’y a pas que des satellites au sens où on l’entend qui gravitent autour de la Terre, il y a également un nombre toujours plus important de débris spatiaux. Les risques de collisions avec les satellites artificiels actifs sont bien réels, et des dispositifs ont commencé à être mis en place pour réduire le volume de nouveaux débris produits (comme la désorbitation des satellites en fin de cycle ou la réduction du nombre de débris produits par les déploiements).

Quoi qu’on en dise, la conquête de l’espace n’en est qu’à ses balbutiements et de grandes perspectives d’avenir s’ouvrent, car il semble que nous avançons à pas de plus en plus grands.

A propos de Patrick Rosenbaum :

Patrick Rosenbaum

Patrick Rosenbaum, Directeur général du groupe Pierson Capital

Diplômé de l’ENSEEIHT et de l’Institut Weizman des Sciences en Israël, Patrick Rosenbaum a effectué la majeure partie de sa carrière dans le secteur aéronautique en travaillant plus particulièrement sur des projets satellites tels qu’Eros et Amos. Aujourd’hui, Patrick Rosenbaum est le Directeur général du groupe Pierson Capital spécialisé en conseil stratégique ainsi qu’en ingénierie financière pour la conception, la structuration, le financement et la réalisation de projets d’infrastructures d’envergure.

 

 

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