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Russie – Argentine : des liens discrets, en cours de consolidation

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Historiquement peu développées, les relations entre la Russie et l’Argentine ont trouvé un nouvel élan dans les années 2000.

Un historique relationnel embryonnaire

Eloignées géographiquement et culturellement, la Russie et l‘Argentine, et plus généralement l’Amérique latine, ont un historique relationnel plus qu’anecdotique avant 1959. Les quelques rencontres qui émaillent l’histoire des deux pays sont restées strictement protocolaires. Il faut attendre la révolution socialiste cubaine pour que l’URSS tourne enfin le regard vers cette région du monde.

Cette nouvelle impulsion entraîne des rencontres plus fréquentes entre les pays sud-américains et l’Union soviétique notamment dans le cadre du Komintern. Cuba reste cependant l’objet prioritaire de l’attention et des soins du géant soviétique. Suite à la chute du Mur, la Fédération de Russie s’est purement et simplement retirée de la zone, faisant des années 90 une décennie perdue pour les relations russo-argentines notamment.

Les années 2000 : le retour d’un dialogue concret mais réduit

L’Amérique latine est, depuis la montée en puissance de la Chine sur l’échiquier international, l’un des théâtres privilégiés de la lutte d’influence entre cette dernière et les Etats-Unis. Washington considère la zone comme son pré carré stratégique et le défend avec véhémence. La Chine a, quant à elle, permis à de nombreux pays sud-américains dont l’Argentine, de supporter la crise de 2008, par des investissements massifs et une coopération multilatérale approfondie dans divers domaines : infrastructures, accords commerciaux, échanges culturels…

Pour survivre diplomatiquement et stratégiquement dans la région, la Russie doit éviter tout antagonisme avec les intérêts locaux des deux géants. Une porte s’est pourtant ouverte lors du “virage à gauche” des républiques sud-américaines, initié par Chavez au Venezuela en 1998 et prolongé par Kirchner en Argentine en 2003 notamment.

La Russie tend alors la main aux régimes sociaux-démocrates fraîchement élus. Elle intègre en 2016 cette partie du monde à sa doctrine de politique étrangère officielle et énonce clairement son intention d’intensifier ces relations. La tâche n’est cependant pas aisée. Outre la présence tentaculaire des USA, de la Chine et même de l’Union européenne, les plateformes de négociation entre les pays d’Amérique latine et la Russie sont quasiment inexistantes. Seuls le Mercosur et l’Union économique eurasiatique et les BRICS ont tissé des liens durables et commencent à évoquer la création d’une zone de libre-échange.

Réunion entre Mauricio Macri (ancien président de la nation Argentine) et Vladimir Poutine (président de la Fédération de Russie), décembre 2018.

Des niches de coopération

Les questions d’ordre politique ont la priorité dans le développement des relations russo-argentines. On constate ainsi une communauté de vues et de vote entre la Russie et ses homologues argentins à l’ONU, où leurs positions sur les enjeux importants sont largement identiques. L’Argentine a notamment refusé les sanctions économiques imposées à la Russie et a au contraire cherché à en tirer parti en y exportant sa viande bovine, dont la Russie est devenu le 2e importateur mondial. La Russie a également soutenu la candidature de l’Argentin Raphael Grossi à la présidence de l’AIEA (Agence internationale de l’energie atomique) en 2019.

D’un point de vue économique, plusieurs contrats significatifs se sont noués depuis quelques années : la Russie exporte notamment de l’engrais agricole, des véhicules spécialisés (une joint-venture est en discussion avec l’Argentine pour l’assemblage de véhicules de marque Kamaz), et importe majoritairement des produits agricoles.

Le secteur ferroviaire argentin bénéficie également d’une forte coopération avec la Russie, et plus particulièrement avec Transmashholding (TMH). L’entreprise russe présidée par l’homme d’affaires Andrey Bokarev, contribue depuis 2016 à la relance de l’industrie ferroviaire du pays et y a investi plus de trois millions de dollars. La filiale TMH-Argentina oeuvre notamment à la maintenance de locomotives et voitures pour les chemins de fers locaux. 

Dépôt de Mechita loué par TMH-Argentina dans la région de Buenos Aires. 

Enfin, le producteur d’acier argentin Tenaris a rejoint le Russe PAO Severstal dans une joint-venture destinée à la construction d’une usine de production d’acier en Russie.