Comment la Russie parvient à s’implanter sur le marché européen

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Régulièrement tiraillés entre espoirs et déceptions, les rapports entre l’Europe et la Russie ont toujours été instables. Mais depuis quelques années, et ce en dépit des sanctions, l’Union européenne est devenue le premier partenaire commercial pour la Russie avec lequel elle réalise plus de 55 % de ses échanges.

La Russie préparée à la crise de la Covid-19 ?

Pour de nombreux pays, la pandémie a provoqué la pire récession économique mondiale connue depuis la Grande Dépression de 1929, et la Russie n’y fait pas exception. En effet, la crise de la Covid a particulièrement bouleversé les marchés de l’énergie, de l’aviation ou encore de l’automobile, des secteurs historiquement très importants pour la Russie.

De fait, c’est toute l’industrie russe qui a tourné au ralenti. Et le coup a été dur pour toutes les entreprises du pays, obligées de maintenir les salaires malgré une reprise tardive de leurs activités en mai 2020. Heureusement, la Russie est cette fois-ci bien mieux armée économiquement qu’en 2014, lorsque démarrait une autre crise, engendrée par les sanctions imposées par l’Occident sur le dossier de la Crimée.

Au cours des cinq dernières années, Vladimir Poutine avait en effet bien compris qu’il était plus sage de diversifier ses actifs. Il a par exemple veillé à considérablement augmenter les réserves nationales d’or. En janvier 2020, elles avoisinent les 2 270 tonnes, faisant du pays le cinquième détenteur mondial du précieux métal. De telles réserves avaient été prévues pour permettre une politique de « dédollarisation », et ainsi s’assurer une économie autonome en cas de perturbation économique mondiale. Sur ce point, cela aura été salutaire.

Marché européen

Tout en se renforçant de l’intérieur, la Russie commence à se tourner vers ses voisins de l’Union européenne. L’UE est ainsi le partenaire économique le plus important de la Russie et 75 % des investissements étrangers en Russie proviennent de cette zone.

Dans le sens inverse, la Russie jouit d’une position privilégiée au sein du secteur européen de l’énergie. Encore aujourd’hui, alors que l’utilisation des hydrocarbures est au cœur des débats scientifiques et écologiques, la Russie fait office de premier exportateur de pétrole et de gaz naturel vers l’Union, au point que certains analystes européens redoutent une dépendance énergétique.

Dans le ferroviaire également, la Russie avance doucement ses pions sur le vieux continent. Après avoir installé TMH International AG en Suisse en 2018, Transmashholding, le groupe russe présidé par Andrey Bokarev assurera également la maintenance des trains de Go Ahead Bavaria au Sud de l’Allemagne. Une expansion nouvelle pour le constructeur ferroviaire russe, jusque-là cantonné en Europe à l’équipement des anciennes républiques socialistes de l’Est.

C’est d’ailleurs en Hongrie que TMH a récemment acquis 90% des parts d’une importante usine de fabrication de matériel ferroviaire. Une partie des 1 300 voitures passagers destinée au marché égyptien dans le cadre de l’un des plus gros contrats d’exportation de TMH sera fabriquée au sein de cette usine.

Vers une fin des tensions ?


En outre, les sanctions pourraient bien prendre fin dans le courant de l’année 2021. La pandémie a mis à l’épreuve toutes les économies du monde et de nombreux pays d’Europe pourraient probablement se passer du handicap provoqué par les sanctions antirusses.

Récemment, une étude de la chambre de commerce et d’industrie du Sud-Westphalie a révélé que ces dernières coûtent 21 milliards d’euros par an à l’économie européenne, dont plus de cinq milliards pour la seule Allemagne. En ces temps de récession, quelques milliards gagnés pourraient être une bonne occasion pour opérer à un nouveau rapprochement entre la Russie et l’Union européenne.