Israël et Russie : une alliance économique et stratégique

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Si l’Union soviétique fut l’une des premières nations à reconnaître l’indépendance de l’Etat d’Israël en soutenant son admission aux Nations Unis en 1948, ce n’est qu’après de nombreuses années que l’alliance entre les deux parties s’est véritablement renforcée.

Le parrain soviétique

En soutenant un État hébreu indépendant, Joseph Staline a un objectif bien précis. Grâce à cette alliance, il ambitionne de contrer l’influence britannique qui prend de l’ampleur au Moyen-Orient aux prémices de la guerre froide.

L’aide soviétique a ainsi toujours été précieuse à Israël. Dès 1948, David Ben Gourion, fondateur et Premier ministre d’Israël, a fait de l’achat d’armement et de la politique de défense ses priorités pour la construction de la toute jeune nation. A l’époque, il n’y a pas de meilleurs fournisseurs que les Soviétiques. Ainsi, jusqu’en 1951, l’URSS a livré tous types d’armes à Israël, ainsi que des chars et des avions de combat.

C’est l’arrivée au pouvoir de Khrouchtchev, en 1953, qui a fragilisé les relations entre les deux partenaires. En effet, en apportant son soutien aux pays arabes en guerre contre Israël, ce dernier a de facto rompu les liens créés entre les deux pays, alors même que, de son côté, Isräel se rapprochait du bloc de l’Ouest.

Ce n’est que lorsque l’Égypte (qui a toujours entretenu des rapports privilégiés avec les Soviétiques puis avec les Russes) décide de faire la paix avec Israël en 1979, que l’URSS entame, elle aussi, timidement, un nouveau rapprochement avec l’État hébreu.

Finalement, 1991 sera l’année où le président Gorbatchev décide de rétablir définitivement et officiellement les relations entre les deux pays. En autorisant la libre migration du peuple juif deux mois après la dislocation du bloc soviétique, il permet alors à près d’un million d’entre eux de rejoindre Israël, un nombre qui représente aujourd’hui environ 20% de la population israélienne.

Les bonnes résolutions du XXIe siècle

Depuis l’élection de Vladimir Poutine en 2000, les relations entre les deux Etats n’ont fait que se renforcer. En effet, le président russe a, dès son arrivée, négocié plusieurs contrats importants avec Israël. Parmi eux, on peut compter l’installation d’une usine de fabrication de drones à Ekaterinbourg en 2015 pour un montant avoisinant les 900 millions de dollars. Cette même année, les échanges commerciaux entre les deux pays se sont élevés à un total de 2,3 milliards de dollars, alors qu’ils n’atteignaient que 12 millions de dollars en 1991.

Les relations survivent également à l’épisode de la guerre en Syrie, tandis qu’en 2018, les forces israéliennes bombardent les forces pro-gouvernementales syriennes pourtant soutenues par le Kremlin. Au total, ce sont jusqu’à 1,9 milliards de marchandises que la Russie réussit à exporter vers Israël. Parmi elles, on compte principalement du pétrole brut, des métaux précieux ou de la nourriture.

L’État hébreu a, quant à lui, vendu pour 768 millions d’équipement électriques, de pesticides et de plastique à la Russie en 2020, sans oublier les 300 millions de dollars issus de la vente de drones militaires.

Les récents développements économiques

Finalement, l’alliance politico-militaire d’hier semble désormais se concentrer sur l’échange de biens et de technologies. Israël a d’ailleurs récemment fait part de sa volonté de signer un contrat de libre-échange avec l’Union économique eurasiatique, en partie fondée par la Russie en 2014. Et en ces temps de crise sanitaire, c’est autour de la recherche de vaccins contre la Covid-19 que l’on a observé un nouveau rapprochement entre les deux pays.

Le marché israëlien semble également attirer de plus en plus d’investisseurs russes, dont TMH International qui appartient à Transmashholding, géant ferroviaire russe fondé par les hommes d’affaires Andrey Bokarev et Iskander Makhmudov. Une alliance qui permettra notamment le lancement de nouveaux projets de transports urbains et ferroviaires dans le pays. “Nous entrons sur le marché israélien car nous pensons que l’industrie ferroviaire israélienne a un grand potentiel de croissance. En tant qu’investisseurs industriels, nous voulons participer à l’effort national pour améliorer et développer le système ferroviaire israélien“, a déclaré Kirill Lipa, PDG de TMH, à l’occasion de sa visite en Israël en décembre 2020. Une contribution russe de grande ampleur dans un secteur industriel clé pour l’Etat d’Israël, en somme.

Les relations entre ces deux acteurs incontournables des relations internationales continueront-elles de se renforcer au cours des prochaines années ? Une chose est certaine, les divergences rencontrées jusqu’ici sur certains dossiers géopolitiques ne sauront ternir l’entente historique entre les deux nations ni affaiblir leurs intérêts économiques réciproques.