Bernard Gautier : un sceptique des méthodes classiques au cœur du private equity français

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Dans un environnement financier où il semble parfois difficile de trouver des repères fixes, la stratégie de Bernard Gautier pourrait avoir de beaux jours devant elle. 

Bernard Gautier - private equity

Fils de militaire, ingénieur de formation et marqué par un long parcours international de conseil en stratégie, Bernard Gautier n’avait rien du profil attendu lorsqu’il est entré dans le monde de la finance. Devenu directeur de l’investissement de l’une des plus grandes firmes de private equity françaises, il a su convaincre par sa capacité à remettre en cause la sagesse établie.

Investir pour développer

Au moment où il devenait associé du fonds Atlas Venture, co-responsable avec sept partenaires de la gestion d’un peu plus d’un milliard et demi d’euros en capital, Bernard Gautier n’avait pour lui ni diplôme de finance, ni séjour dans une banque. Franchir le pas lui avait tout simplement paru naturel lorsque l’occasion s’était présentée, marquant une étape décisive dans sa carrière jusque-là effectuée chez de grands noms du conseil en stratégie et transformation d’entreprise, dont le groupe Bain & Company. 

Moins attaché aux méthodes financières traditionnelles, et ouvertement sceptique vis-à-vis de certaines comme le recours systématique aux LBOs (leveraged buyouts, rachats avec effet de levier) pour dégager rapidement des retours sur investissement, Bernard Gautier a pourtant rapidement démontré l’efficacité de sa propre approche, ancrée dans le développement des entreprises, main dans la main avec leur management. 

C’est ainsi que, dès son arrivée chez Atlas Venture, il a suivi étape par étape l’essor des entreprises dont le fonds avait des parts, mettant à contribution sa bonne connaissance des nouvelles technologies et du secteur des télécommunications acquise chez Bain. Pendant ses trois années en tant qu’associé du fonds, il a notamment accompagné l’expansion de la plateforme audiovisuelle sportive Sporever (aujourd’hui Media365) à travers plusieurs levées de fonds, emmenant l’entreprise jusqu’à son entrée en bourse.

Temps long et innovation 

La même façon de faire a ensuite été appliquée par Bernard Gautier chez Wendel, fonds de private equity référent en France et en Europe qu’il a rejoint en tant que directeur du développement en 2003. Au cours de ses seize années au sein du fonds, où il est très rapidement devenu membre du comité exécutif et numéro deux, il a ainsi accompagné, non seulement la croissance des entreprises dont Wendel détenait le capital, mais aussi celle de Wendel lui-même, le groupe se développant de façon soutenue avec une équipe d’investissement passant de 5 à 35 membres et l’ouverture de bureaux à Tokyo, Singapour, New York, Casablanca et Londres.

Bernard Gautier est également à l’origine du Wendel Lab, dont l’activité se centre sur l’investissement dans des start-up et entreprises de très haute technologie prometteuses. Pensé comme un moyen de renforcer à vitesse accélérée les compétences de toute l’équipe de Wendel sur ces sujets, le Lab est le reflet d’une conviction profonde de Bernard Gautier : c’est en investissant réellement dans les entreprises, et en ayant quelque chose à perdre en cas d’échec, qu’on apprend effectivement. Depuis sa création, le Wendel Lab a ainsi permis le financement  direct ou indirect de centaines de start-up, fournissant un large terrain d’exploration et exerçant l’œil de l’investisseur dans un secteur qui semble aujourd’hui être la locomotive de l’économie mondiale.

Tout au long de sa carrière d’investisseur professionnel, Bernard Gautier s’est appuyé sur des intuitions et procédés que la finance traditionnelle n’intègre pas nécessairement, sans toutefois renier cette dernière là où ses enseignements sont les plus importants. Il n’hésite pas à plonger dans ce que sa formation d’ingénieur et son goût de la technologie lui laissent deviner de l’avenir pour identifier les entreprises prometteuses et les aider à atteindre leur plein potentiel, plutôt que de se fier exclusivement aux calculs de taux et de rapports si déterminants dans sa discipline. Mais à l’inverse, son attachement à la réalité concrète de l’activité économique le pousse à la méfiance vis-à-vis des distorsions excessives de prix ou des stratégies d’endettement les plus aventureuses. 

Dans un environnement financier où il semble parfois difficile de trouver des repères fixes, la stratégie de Bernard Gautier pourrait avoir de beaux jours devant elle.