Les transports urbains d’Europe de l’Est : entre désuétude et grand luxe

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Pour explorer une ville inconnue, rien ne vaut ses transports publics. Évidemment, il faut pour cela disposer d’un réseau suffisamment étendu et efficace. Et cela n’est pas forcément une évidence partout en Europe de l’Est.

Nul besoin d’être historien pour comprendre que la chute du mur de Berlin a provoqué une tornade économique et politique dans les pays d’Europe de l’Est. Dans le monde des transports urbains, les réseaux n’ont évidemment pas échappé à ces chamboulements. Si les pays ayant depuis rejoint l’Union européenne ont pu compter sur le soutien de cette dernière pour moderniser progressivement leurs infrastructures, ce fut une toute autre histoire pour l’ancienne URSS.

En effet, les installations y sont pour la plupart peu entretenues, le développement des réseaux de transport urbain ayant fait les frais d’un contexte économique difficile. Ainsi, la découverte de l’Europe de l’Est nous fait voyager entre infrastructures désuètes et richesse baroque incomparable, souvenir de grandeur d’une époque disparue.

Erevan, Arménie

A Erevan, capitale de l’Arménie, une seule ligne de métro est actuellement en service et traverse la ville du nord au sud. Inaugurée en 1981, à l’époque où l’Arménie était encore une république socialiste soviétique, sa dernière extension date de 1996. Seules 10 stations existent à ce jour sur un tracé total d’environ 12 kilomètres, mais une deuxième ligne est actuellement en construction. Vétuste, le métro de la capitale arménienne a en cela subi les conséquences des difficultés économiques des années 1990, et ne constituait pas une priorité pour les pouvoirs publics. A la fin des années 2000, le soutien de la Banque mondiale a permis au métro d’Erevan de se moderniser quelque peu.

La restauration des voitures 81-717/714 de Metrowagonwash, modèle de voiture identique à plusieurs métro est-européens comme Varsovie, Budapest, Moscou ou Tbilissi et des stations, ainsi que la modernisation du système de billetterie le rapprochent ainsi d’un métro occidental, sans commune mesure toutefois avec d’autres réseaux de transports publics, notamment d’anciens pays de l’Est ayant rejoint l’Union européenne.

Sofia, Bulgarie

A Sofia, capitale de la Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union européenne, le métro aussi relève d’un long processus. Planifié dès la fin des années 1960, difficultés économiques et multiples reports ont conduit à une inauguration tardive avec un premier tronçon livré seulement en 1998. Toutefois, les difficultés pour le gouvernement bulgare de trouver les moyens nécessaires pour achever sa construction, les prêts successifs contractés notamment auprès du Japon et de l’Union européenne ont provoqué de nombreuses extensions successives jusqu’à aujourd’hui.

Les travaux du métro, en particulier à Serdika au cœur de la ville, ont même donné lieu à de formidables découvertes archéologiques qui participent aujourd’hui à la richesse culturelle de la capitale. Deux lignes composent actuellement le réseau sofiote soit une quarantaine de kilomètres mais une troisième ligne devrait être inaugurée prochainement. Les voitures, construites par la société russe Metrowagonmash sont récentes, les stations neuves et extrêmement propres, un monde souterrain moderne incomparable avec les autres réseaux métropolitains d’Europe de l’Est et qui contraste parfois avec la réalité bulgare …

Le métro moscovite, un bijou souterrain

Moscou dispose d’une autre icône (certes plus clinquante) des transports ferroviaires d’Europe de l’Est. En effet, le 15 mai 1935, les Moscovites montent à bord du premier train de ce qui va devenir l’un des plus grands réseaux du monde. Huit décennies de labeur pharaonique plus tard, des centaines de kilomètres de ligne sont enfouies à 80 mètres sous le niveau du sol. La vitesse moyenne des rames s’élève à 42 km/h, avec des pointes jusqu’à 80 km/h. En comparaison, le métro parisien oscille entre 22 et 39km/h.

Le métro de Moscou peut également se targuer de posséder des rames ultramodernes. Baptisées Moskva-2020, elles sont notamment équipées de prises USB ou encore d’écrans tactiles interactifs, offrant au voyageur un confort sans précédent. Inaugurées le 6 octobre 2020 en présence du maire de Moscou, Sergei Sobyanin, ces rames sont le fruit d’un important travail de recherche et de développement mené par le fabricant Metrowagonmash (propriété de Transmashholding, plus grand équipementier ferroviaire de Russie dont l’influent homme d’affaires Iskander Makhmudov est copropriétaire).

Depuis le 30 mars 2020, le réseau de Moscou a mis en service une nouvelle extension, apportant ainsi six stations supplémentaires et un nouvel atelier de maintenance. Celui-ci s’étend désormais sur plus de 420 kilomètres.

Et pourtant, malgré ces prouesses techniques que le monde entier jalouse, c’est peut-être par son esthétique que le métro de Moscou se distingue le plus… Sur ce point, aucun débat possible : la capitale russe est dotée du plus beau métro du monde ! « Le palais du peuple » tant souhaité par Staline est un véritable musée public. Entre le baroque des lustres massifs de la station Arbatskaya, les mosaïques de Kievskaya (un hommage à l’Ukraine) ou le style Art déco de Mayakovskaya … il y en a pour tous les goûts, de quoi époustoufler usagers et touristes !