Roxanne Varza, architecte de l’écosystème start-up français à l’échelle européenne
directrice de Station F
40 ansFigure centrale de la tech française depuis près d’une décennie, Roxanne Varza s’est imposée comme l’une des principales artisanes de la structuration de l’écosystème start-up en France. À la croisée de l’entrepreneuriat, de la diplomatie économique et de l’influence européenne, son parcours illustre la professionnalisation progressive de la French Tech et sa volonté de s’inscrire durablement dans le jeu mondial de l’innovation.
Née aux États-Unis de parents iraniens, Roxanne Varza arrive en France après des études internationales et débute sa carrière dans l’écosystème entrepreneurial au début des années 2010. Elle se fait rapidement remarquer par sa capacité à connecter les mondes : start-up, grands groupes, investisseurs et pouvoirs publics. Avant de prendre la direction de Station F, elle participe activement à la structuration de la French Tech, notamment comme directrice de la French Tech Mission, où elle contribue à poser les bases d’un réseau national et international cohérent.
Station F, vitrine de la French Tech et outil d’influence
Nommée directrice de Station F en 2018, Roxanne Varza hérite d’un objet unique : le plus grand campus de start-up au monde, imaginé comme une plateforme de convergence entre innovation, capital et talents. Sous sa direction, Station F s’impose comme un hub stratégique accueillant des centaines de start-up, des programmes d’incubation internationaux et des partenariats avec des acteurs majeurs de la tech mondiale.
Son approche repose sur une vision très structurée de l’écosystème. Station F n’est pas seulement un lieu, mais un outil de mise en réseau, pensé pour accélérer la croissance des entreprises et renforcer l’attractivité de Paris comme capitale européenne de l’innovation. Cette logique s’inscrit dans une dynamique plus large : positionner la France comme un point d’entrée incontournable pour les entrepreneurs internationaux en Europe, à l’heure où Londres, Berlin ou Amsterdam jouent une concurrence active.
Au fil des années, Varza devient aussi une figure de représentation. Présente dans les grands rendez-vous tech européens, elle incarne une forme de soft power entrepreneurial français, où l’écosystème devient un levier d’influence économique et politique.
Débats, critiques et lignes de tension
Cette position centrale n’est toutefois pas exempte de controverses. Station F a parfois été critiqué pour son image élitiste, certains observateurs estimant que le campus bénéficie surtout à des start-up déjà bien financées, au détriment de projets plus fragiles ou issus de territoires moins connectés. D’autres ont pointé une forte dépendance aux grands groupes partenaires, questionnant l’équilibre entre soutien à l’innovation indépendante et intérêts corporates.
La gouvernance même de l’écosystème French Tech fait également débat. Le rôle croissant d’acteurs institutionnels et de lieux emblématiques comme Station F soulève des interrogations sur la concentration du pouvoir et de la visibilité au sein d’un nombre limité de structures. Roxanne Varza, sans être personnellement mise en cause, se retrouve régulièrement associée à ces discussions, du fait de sa position stratégique.
Elle défend pour sa part une vision pragmatique, fondée sur l’efficacité, l’attractivité internationale et la nécessité de créer des champions capables de rivaliser à l’échelle mondiale.
Aujourd’hui, Roxanne Varza apparaît moins comme une entrepreneure que comme une cheffe d’orchestre. Son influence ne se mesure pas en entreprises créées, mais en connexions établies, en récits structurés et en écosystèmes rendus lisibles. Dans un paysage tech européen encore fragmenté, son rôle reste central, à la fois moteur et objet de débat.
Photos : lesechos.com