France Renouvelables entre en campagne pour diviser par deux les fossiles importés d’ici 2035

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Le 10 septembre 2026, France Renouvelables n’a pas organisé une simple conférence de presse sectorielle. Le lobby des énergies renouvelables et du stockage a présenté ce qu’il faut bien appeler un programme d’action présidentiel, même si l’organisation se garde bien d’employer ce terme. Seize propositions articulées autour d’un seul fil directeur : diviser par deux la part des énergies fossiles importées dans le mix énergétique français, de 60 % aujourd’hui à 30 % en 2035. C’est la première fois que France Renouvelables adopte une posture aussi explicitement politique, en se positionnant dans le débat présidentiel à venir comme un acteur qui entend peser sur le programme du prochain gouvernement.

La mécanique proposée repose sur une programmation pluriannuelle de l’électrification, calée sur un horizon de dix ans, et sur la création d’un Conseil national de l’électrification dès mai 2027. Ce conseil aurait pour mandat de fixer des objectifs sectoriels, des calendriers et les moyens nécessaires à la trajectoire 2035. La logique est celle d’un cadre de gouvernance stable, capable de donner aux entreprises la visibilité dont elles ont besoin pour engager des investissements de long terme dans la décarbonation de leurs procédés.

À l’échelle européenne, France Renouvelables va plus loin en proposant de créer une « Communauté européenne de l’électrification », une coordination continentale qui mobiliserait les outils réglementaires, budgétaires et financiers en faveur de la sortie des fossiles. L’idée est de faire de la souveraineté énergétique un objectif de cohérence collective, et non plus une somme de politiques nationales disparates.

Des instruments concrets pour les industriels

Ce qui distingue le corpus de France Renouvelables d’un manifeste politique ordinaire, c’est la précision des instruments économiques qu’il propose. Pour les industriels, deux catégories de mesures méritent une attention particulière : celles qui agissent sur le prix de l’électricité et celles qui structurent les conditions d’implantation territoriale.

Sur le prix, France Renouvelables demande la standardisation par voie réglementaire et législative des contrats d’achat direct d’électricité renouvelable, les PPA (Power Purchase Agreements). Ces contrats permettent à un consommateur industriel de s’approvisionner directement auprès d’un producteur renouvelable, à un tarif fixé à l’avance sur plusieurs années. Ils offrent une protection contre la volatilité des prix de marché, tout en contribuant à financer de nouvelles capacités de production. Leur standardisation réduirait la complexité juridique qui freine aujourd’hui leur adoption, notamment pour les PME, peu armées pour négocier des contrats sur mesure.

France Renouvelables propose également un « Tarif industrie France » de long terme. Ce tarif préférentiel, ciblé sur les industries électro-intensives, viserait à garantir un prix compétitif sur une durée suffisamment longue pour sécuriser des décisions d’investissement industriel. L’enjeu est direct : si le coût de l’électricité en France dépasse celui pratiqué dans d’autres États européens ou aux États-Unis, les projets de réindustrialisation ou de décarbonation peuvent être arbitrés ailleurs. Un tarif de long terme stabilise cette variable dans les calculs de rentabilité.

Sur le terrain de l’implantation, le « bonus de localisation énergétique » constitue la mesure la plus originale du corpus. Il s’agirait d’un avantage accordé aux entreprises qui s’installent dans des territoires où la production renouvelable est abondante et les réseaux adaptés. Cette incitation croise les politiques d’aménagement du territoire avec celles de la transition énergétique. Elle présuppose cependant que les réseaux électriques soient suffisamment développés pour absorber des capacités renouvelables locales importantes. C’est un point de friction non négligeable : les retards dans le renforcement des réseaux de distribution restent l’un des principaux goulots d’étranglement du déploiement des renouvelables en France.

Le lobby prévoit par ailleurs un plan national d’accompagnement à l’électrification des PME-PMI, reconnaissant que les outils disponibles pour les grandes entreprises ne sont pas transposables tels quels aux structures plus petites. Ce volet s’intègre dans le « Pacte Industrie-Électricité », qui agrège le tarif de long terme, le bonus territorial et un soutien différencié selon la taille et le secteur.

La concurrence des agendas : renouvelables contre nucléaire

France Renouvelables entre en lice dans un débat qui n’est pas vierge. La relance du parc nucléaire français avance en parallèle, avec des candidatures concrètes pour l’accueil de nouveaux réacteurs EPR2. Les élus locaux de la centrale de Golfech ont rencontré la direction d’EDF pour évaluer les conditions d’accueil de deux nouveaux réacteurs. Des démarches similaires ont été engagées à Nogent-sur-Seine et à Tricastin. Ces initiatives ne s’opposent pas frontalement aux propositions de France Renouvelables, mais elles dessinent une autre géographie de la décarbonation : une production pilotable d’origine nucléaire au centre, là où le lobby mise sur l’électrification alimentée principalement par des renouvelables.

L’enjeu, pour les entreprises, est de savoir quelle trajectoire va réellement structurer les conditions de marché dans lesquelles elles devront investir. Les EPR2 en projet ne produiront pas avant 2035 au mieux, selon les calendriers les plus optimistes. La fenêtre d’action pour l’objectif de France Renouvelables est donc précisément celle qui précède la mise en service des futurs réacteurs. Ce calendrier n’est pas anodin : il signifie que la majeure partie de l’effort de décarbonation industrielle devra s’appuyer, dans les dix prochaines années, sur les capacités renouvelables et sur le parc nucléaire existant, avant qu’une éventuelle relance de la production nucléaire ne modifie l’équation.

Ce croisement de temporalités est probablement la tension la plus structurante du débat énergétique français pour les entreprises. Elle les oblige à ne pas attendre une hypothétique solution universelle, mais à construire des stratégies d’électrification à partir des ressources disponibles aujourd’hui : renouvelables intermittentes, stockage, flexibilité de la demande et réseaux à renforcer. Les seize propositions de France Renouvelables fournissent un cadre opérationnel pour ce travail. Leur traduction en politique publique, elle, dépend d’un arbitrage qui reste entièrement ouvert.

Photo : france-renouvelables.fr