Qui remettra Zodiac à flot ?

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Zodiac

Peu d’entreprises peuvent se targuer d’être passées dans le vocabulaire courant pour désigner les objets sortant de leurs usines. C’est le cas de Zodiac, dont le nom est devenu commun pour dénommer toute embarcation pneumatique semi-rigide. Pourtant, depuis plusieurs années, la marque centenaire évoluait en eaux troubles, à tel point que son devenir même suscitait les plus vives interrogations.

Une nouvelle accueillie avec soulagement

Le 1er juillet 2015, le tribunal de commerce de Nanterre a entériné la cession des deux branches de Z Marine, mettant ainsi fin aux incertitudes qui planaient sur le groupe. Sur les 9 repreneurs ayant fait une offre, le fabricant de ballons Airstar a été retenu pour l’acquisition de la filiale Espace, tandis que la branche nautique se voit confiée à l’investisseur Energetic Developpement. Depuis le 2 avril 2015, date de son placement en redressement judiciaire, l’entreprise qui fut une vitrine du savoir-faire français retenait son souffle. En cessation de paiement depuis le 15 janvier, l’inquiétude était de mise parmi les salariés du groupe. Une inquiétude en partie dissipée par le choix du Tribunal de Commerce, les deux repreneurs bénéficiant de la faveur tant des dirigeants que du personnel.

Remise à flot pour Zodiac

En charge de la filière nautique, Energetic Developpement promet un apport immédiat de 7 millions d’euros, qui serviront dans un premier temps à relancer la production des bateaux pneumatiques Zodiac, Avon et Bombard. Trois industriels se sont associés pour l’occasion. Pierre Bastid, Florent Battistella et Dominique Heber-Suffrin misent sur le potentiel de la marque et sur son expertise mondialement reconnue.

Une nouvelle philosophie de production, mettant l’accent sur la personnalisation des bateaux par les clients, devrait donner un coup de fouet aux ventes et contribuer à une meilleure visibilité à l’international. Dans ce sens, le site internet de la marque va être entièrement repensé afin de permettre la configuration en 3D et la commande en ligne d’un bateau. De plus, le site d’Ayguesvives, proche de Toulouse, se verra confier la fabrication d’éléments jusque-là produits en Chine. En plus des 7 millions d’euros annoncés, 3 nouveaux millions seront injectés au printemps 2016.

Emplois en partie préservés

La branche aéronautique, qui fabrique des équipements d’avion, des ballons stratosphériques et des composants pour satellites, est quant à elle placée sous le contrôle d’Airstar, spécialiste des dirigeables et des ballons captifs. 500 000 euros viennent d’être débloqués pour que l’activité puisse reprendre. Sur les 370 personnes employées par Z Marine, 351 devraient conserver leur poste. En France, 100 emplois sur les 120 actuels seront préservés, et les sites de production de Tunisie, où opèrent 220 salariés, et des Etats-Unis (31 salariés) seront conservés.

Une bonne nouvelle pour le personnel de Zodiac, qui avait depuis 2007 fait les frais d’une série de plans sociaux détruisant près de 500 postes, essentiellement sur les sites de production hexagonaux. Si les zones de turbulence traversées par l’entreprise remontent à cette période, Zodiac, riche de son histoire, reste pour beaucoup le meilleur fabricant de bateaux pneumatiques au monde.

Une entreprise emblématique

Fer de lance de l’industrie nautique française, c’est pour la fabrication de ballons dirigeables que la firme a été fondée en 1896 par Maurice Mallet et quelques associés. Portant au départ le nom de « Mallet, Mélandri et de Pitray », ce n’est que plus tard, en 1911, que le nom de Zodiac fut adopté. Profitant de l’essor de l’industrie aéronautique, la société innove aussi dans le secteur maritime, mettant au point, dans les années 1930, les bateaux pneumatiques qui feront sont succès.

Dès la fin des années 1970, le groupe multiplie les rachats et se développe à l’international. Quasiment toutes les sociétés œuvrant dans le domaine des bateaux pneumatiques ou des structures gonflables sont alors approchées par Zodiac. Bombard, Sevylor, Avon, Air Cruisers passent ainsi dans le giron de la société française, qui fait son entrée sur le second marché de la Bourse de Paris en 1983. Parallèlement, la branche aéronautique n’est pas négligée, et s’enrichit de nombreuses acquisitions. Cette politique d’expansion, qui a permis au groupe de s’affirmer comme leader mondial sur plusieurs marchés de niche, a perduré jusqu’à l’année dernière.

Un immense gâchis

Mais en 2007, la décision de céder la branche Marine au fonds d’investissement Carlyle marque le début de la chute. En 2013, c’est un autre fonds d’investissement, OpenGate Capital, qui reprend la marque. La vision centrée sur le court terme des deux derniers propriétaires est-elle responsable des remous traversés par Zodiac ? C’est du moins ce que pense le comité d’entreprise, qui, par un communiqué, a dénoncé la gestion « calamiteuse » des managers de transition et le manque d’apport financier.

Depuis plusieurs années, une rentabilité quasi-nulle avait amené le groupe à restreindre ses achats de matières premières, entrainant une baisse inéluctable de la production. En 2014, une perte nette d’un montant de 14 millions d’euros était enregistrée. Une situation d’autant plus paradoxale que l’entreprise connaissait un rebond de son activité, bénéficiant de la reprise des marchés américains et européens. Mais les commandes, faute de liquidités pour payer les fournisseurs, ne pouvaient plus être honorées. La reprise des deux branches et l’injection de capitaux permettront-ils à Zodiac de retrouver sa place parmi les leaders ?

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