Fonds monétaires : l’AMF relève ses exigences de liquidité au-delà des minima européens

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L’Autorité des marchés financiers recommande aux fonds monétaires de maintenir des réserves de liquidité supérieures aux minima réglementaires européens. Une mesure destinée à renforcer leur résistance aux crises, sans imposer de nouveaux seuils légaux.

Des fonds monétaires sous surveillance renforcée

Avec la remontée des taux d’intérêt engagée en 2022, les fonds monétaires ont retrouvé leur attractivité auprès des entreprises et des investisseurs institutionnels. Ces placements permettent de rémunérer les liquidités à court terme tout en offrant généralement des possibilités de rachat quotidien.

Mais les turbulences financières de mars 2020 ont révélé leurs vulnérabilités face à des demandes massives de remboursement. Certains gestionnaires avaient alors été contraints de céder des actifs dans des conditions défavorables, accentuant les tensions sur les marchés.

C’est dans ce contexte que l’Autorité des marchés financiers (AMF) a publié, le 30 octobre 2026, sa recommandation DOC-2026-07, après une consultation publique lancée en juin.

Des réserves de liquidité recommandées de 20 % à 40 %

L’AMF précise les niveaux de liquidité hebdomadaire que les gestionnaires devraient maintenir pour renforcer la résilience de leurs fonds.

Deux catégories sont concernées :

  • Fonds à valeur liquidative variable (VNAV) : 20 % d’actifs liquides hebdomadaires recommandés, contre un minimum réglementaire européen de 15 %.
  • Fonds à faible volatilité (LVNAV) et à valeur liquidative constante de dette publique (PDCNAV) : 40 % recommandés, contre un minimum légal de 30 %.

Ces seuils constituent des références prudentielles et non de nouvelles obligations réglementaires. Ils reprennent les niveaux de résilience identifiés par la Commission européenne dans son rapport de mai 2026.

Une alerte après dix jours sous les seuils

L’AMF attend des gestionnaires une vigilance renforcée lorsque les réserves de liquidité restent durablement inférieures aux niveaux recommandés.

Si cette situation persiste pendant dix jours ouvrables, ou si un écart prolongé ou significatif est anticipé, les sociétés de gestion doivent informer le régulateur et fournir les explications nécessaires.

Des simulations de crise peuvent également être communiquées pour évaluer la capacité des fonds à faire face aux demandes de rachat.

L’AMF pourra alors renforcer sa surveillance et ses échanges avec les gestionnaires concernés, selon une approche proportionnée aux risques identifiés.

Quel impact pour les entreprises et les investisseurs ?

Pour les trésoriers d’entreprise, ces recommandations ne modifient pas directement les conditions d’investissement. Elles pourraient néanmoins influencer la composition des portefeuilles et les rendements proposés.

Les gestionnaires qui choisissent d’augmenter leurs réserves de liquidité pourraient devoir réduire leur exposition à certains actifs moins liquides, potentiellement mieux rémunérés.

L’impact sur les performances dépendra toutefois des stratégies de gestion et des conditions de marché. Une liquidité supérieure aux seuils recommandés ne garantit pas, à elle seule, l’absence de difficultés en période de crise.

Pour les investisseurs, le niveau de liquidité hebdomadaire devient ainsi un indicateur supplémentaire à examiner dans le choix d’un fonds monétaire.

Vers une supervision européenne plus harmonisée

Cette initiative s’inscrit dans une démarche coordonnée avec les autorités de supervision irlandaises et luxembourgeoises, trois juridictions majeures pour les fonds monétaires européens.

L’objectif est de rapprocher les pratiques de surveillance sans attendre une éventuelle modification du règlement européen sur les fonds monétaires (MMFR).

Avec cette recommandation, l’AMF privilégie donc une gestion préventive du risque de liquidité, fondée sur des niveaux de référence plus exigeants que les minima légaux, tout en maintenant le cadre réglementaire existant.