Les scandales financiers de l’été, ou les chroniques d’un milieu intouchable

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Les scandales se succèdent à un rythme régulier, avec un sentiment qu’ils ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Les affaires révélées cet été ne sont que des exemples de plus !

La crise financière entamée en 2008 et symbolisée par la faillite de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers, continue à faire des ravages. Elle montre aussi, une fois de plus, l’étendue des pratiques douteuses voire frauduleuses d’un milieu surpuissant et qui semble intouchable. Les scandales se succèdent à un rythme régulier, avec un sentiment étrange qu’ils ne représentent finalement que la partie émergée de l’iceberg. Les affaires révélées cet été ne sont que des exemples de plus.

La liste des scandales ne cesse de s’étoffer. Il y a les symboles forts, retentissants, tels que Jérôme Kiervel, trader français ayant fait perdre des milliards à la Société Générale ou encore le Libor (taux auquel les banques se prêtent entre elles), manipulé par plusieurs grandes banques internationales, dont Barclays et UBS. Mais il y a aussi toutes les autres « petites » affaires, dont les trois qui ont été mises en lumière cet été et qui font l’objet d’une couverture médiatique beaucoup plus confidentielle. Elles n’en sont pas moins graves.

Une star des fonds spéculatifs américains sur la sellette

Fin juillet, la Securities and Exchange Commission (SEC), l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers, a officiellement mis en cause le fonds spéculatif SAC Capital Advisors pour n’avoir pas surveillé convenablement deux de ses employés impliqués dans des affaires de délit d’initié.

Quelques jours plus tard, les autorités judiciaires américaines ont inculpé le fonds au pénal, le soupçonnant d’avoir indirectement bénéficié d’informations apportées par certains de ses employés, et d’avoir fermé les yeux sur leur origine douteuse.

Ça devait arriver un jour où l’autre : ce fonds est dans le collimateur des autorités depuis près de dix ans. En revanche, l’inculpation d’un fonds aussi important est un fait rarissime dans le milieu financier, d’autant qu’il s’agit d’une des coqueluches du secteur, du fait de performances moyennes de +30% par an.

Risque encouru pour le fonds, qui gère environ quinze milliards d’actifs : l’interdiction de gérer l’argent de clients externes. Solution de repli possible : ne plus gérer « que» la fortune personnelle de son fondateur, Steve Cohen, estimée à environ huit milliards de dollars…

L’inégalité d’accès à des informations économiques clés

Au début de l’été, le procureur général de New York a dénoncé les pratiques de la société d’information économique Thomson Reuters, consistant à vendre l’accès à des données essentielles issues de sondages économiques avec deux secondes d’avance à certains traders. Or, deux secondes représentent une éternité dans le monde du trading informatisé et suffit à effectuer des transactions anticipées qui faussent les marchés. Thomson Reuters a alors suspendu cette pratique.

Mais celle-ci va plus loin. En effet, une plainte a été déposée auprès de la SEC. Seize des banques et fonds d’investissement parmi les plus importants du monde, dont l’identité n’est pas encore connue, auraient accès bien plus longtemps à l’avance à ces informations économiques essentielles. On parle de dix minutes à une heure en avance.

Pourquoi y a-t-il scandale ? Parce que les informations en question ne sont autres que celles issues du sondage mensuel de l’Université du Michigan, qui mesure le sentiment des consommateurs américains sur l’économie, et qui est consulté par tous les financiers avant de prendre des décisions d’investissement sur l’économie américaine, et la Réserve Fédérale avant de déterminer sa politique monétaire.

Ouverture d’une enquête sur de possibles manipulations du prix de l’aluminium

Plusieurs grandes banques américaines, dont JP Morgan et Goldman Sachs, de même que le négociant suisse Glencore Xstrata et la plate-forme boursière du London Metal Exchange (LME) pourraient être poursuivis pour avoir manipulé à leur profit les prix de l’aluminium.

Quel rapport entre les banques et le marché des matières premières ? Profitant du boom des matières premières provoqué par la demande des pays émergents, dont la Chine, les établissements bancaires ont acheté des sites industriels, des infrastructures de transport et de logistique et des entrepôts pour en tirer des informations précieuses sur l’offre et la demande. Ces renseignements sont ensuite transférés aux traders, qui évidemment spéculent, alimentant ainsi les profits et donc les bonus. Par ailleurs, en stockant le métal le plus longtemps possible dans des hangars, les banques raréfient l’offre, l’attente de livraison du métal pouvant atteindre dix-huit mois.

Pourquoi cette manipulation est-elle un scandale ? Parce qu’au bout de la chaîne, c’est le consommateur qui subit le prix de cette activité spéculative. « Les marchés de matières premières sont essentiels pour déterminer le prix du panier de la ménagère, c’est-à-dire ce que nous mangeons, ce que nous buvons ou combien nous payons à la pompe pour faire le plein », déclare Gary Gensler, le président de la Commodities and Futures Trading Commission (CFTC), l’organisme américain de tutelle sur les contrats à terme dans le domaine des produits de base.

Conséquences possibles de ces poursuites : des amendes et le retrait des banques du négoce des matières premières, déjà en partie engagé du fait du renforcement des contraintes réglementaires, des scandales à répétition et du fait que le négoce est gros consommateur de capitaux.

Tout est encore à faire en matière de réforme du secteur financier

La crise semble avoir accru les attentes du public en matière de déontologie financière et poussé les régulateurs à durcir leurs exigences. Pourtant, la répétition régulière de ces scandales donne l’impression que quoiqu’il arrive, quels que soient les montants des amendes infligées, de ci de là, celles-ci ne semblent qu’une goutte d’eau au milieu des profits colossaux des établissements de la place, lesquels semblent par conséquent, bénéficier d’une impunité quasi-totale.

Christophe Nijdam, analyste financier chez Alphavalue, à Paris, en rajoute une couche en analysant que «les Américains ont pour habitude tous les dix ou quinze ans de condamner lourdement un délit, pourtant habituel en Bourse, en utilisant la bonne vieille règle de la mafia, à savoir punish one, teach one hundred (punissez-en un, apprenez à cent autres)… jusqu’à ce que la mémoire collective s’estompe et qu’il faille une piqûre de rappel».

Quant aux manipulations de marché, ajoute-t-il, «si elles sont avérées, elles n’illustrent qu’une fois de plus les séquelles d’une dérégulation à tout va des marchés financiers au cours des 15 dernières années, érigée en principe immuable par un libéralisme sans foi ni loi qui a perdu de vue la finalité des marchés et de l’économie en général : être au service des êtres humains et non pas les asservir, en trichant qui plus est !» (http://trends.levif.be/economie/[…]8370810.htm)

Et pour enfoncer le clou, une chronique des Echos titrait il y a quelques jours: « Ce que nous n’avons toujours pas appris de Lehman Brothers »…

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